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Théorème du nationisme

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Contemporaine évidence des nations

 

Vu sur : c@hiers de psychologie politique, écrit par : Henri Temple
Le Réveil Français s’est posé depuis sa création la question du nationalisme considéré pour des raisons de construction historique comme la défense et l’exaltation du cadre le plus grand à l’intérieur duquel les solidarités peuvent interagir de façon concrète et visible. C’est le fruit du travail des capétiens qui ont posés au fil des siècles cet ensemble cohérent de la nation « le pré carré ». Le rois se définissant comme « empereur en son royaume » constituant le garant de cette cohésion et le protecteur des peuples qui en dépendent.

 

La révolution française a repris et s’est appuyée sur cette idée de la nation dont le terme s’est répandu à la fin du XVIIIeme siècle pour opposer le peuple à la monarchie. C’est même au nom de la nation qu’elle a supprimé le roi. Qui paradoxalement en était l’incarnation.
L’erreur de la révolution est sans doute d’avoir, pour le coup, personnalisée la nation au point d’en faire quasiment un objet de culte perdant à nos yeux peu à peu son caractère humain enraciné.

 

Mais cette vision de la nation par trop exacerbée avec le messianisme des lumières qui en faisait le berceau des droits de l’homme et justifiait idéologiquement toutes les guerres, constitue à nos yeux une caricature.

 

Maurice Barrès est l’inventeur du terme « nationalisme » dans le sens ou il fallait selon lui organiser politiquement cet amour spontané du pays que définissait le patriotisme.

 

Depuis la république en avançant en âge s’est mise à récuser peu à peu la nation au nom de laquelle des guerres atroces ensanglantèrent l’Europe.

 

Procès injuste car dans les guerres européennes et mondiales qui illustrèrent dramatiquement le 19eme et le 20 eme siècle, c’est l’idéologie et l’impérialisme qui agressèrent les nations qui ne firent que se défendre.

 

Le problème vient que la république dès les origines tient sa légitimité de son engagement sans réserve pour la nation et en livrant notre pays à travers Bruxelles notamment aux oligarchies financières mondiales apatrides, elle est en train de scier la branche sur laquelle elle repose.
Il ‘agit aujourd’hui de se poser la question pour nous de la réalité historique des nations. La lente construction de la France ne peut être comparée au pangermanisme de Fichte ou même à l’Italie de Garibaldi, qui portaient déjà en eux les métastases du nazisme et du fascisme, deux prolongements extrêmes de l’impérialisme, lequel se définit toujours par la volonté de libérer l’homme, même s’il cache au plus profond, une volonté de puissance..
Aujourd’hui Henri Temple nous propose une approche de la nouvelle formule qui voudrait se démarquer du terme nationalisme devenu barbare aux yeux de nos contemporains : Le nationisme.Il utilise dans sa démonstration les sciences humaines.
C’est volontiers que nous lui cédons la parole.
Compte tenu de sa longueur, ce texte sera publié en deux parties.
OD

 

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Table des matières
Préliminaire : du nationisme
Liminaire
1. Observation et qualification du fait national dans ses multiples dimensions
2. Conséquences psychologiques et neurologiques individuelles du fait national
3. Conséquences sociologiques collectives des faits psychologiques
4. Conséquences sociales (réflexes) des faits sociologiques
5. Conséquences économiques des faits (réflexes) sociaux
6. Conséquences juridiques des faits sociaux et économiques
7. Conséquences politiques de la conjonction des faits juridiques, sociaux et économiques
Théorème du Nationisme
CQFD Morale

 

Première partie
Un théorème est une affirmation, destinée à être démontrée, qui peut être établi comme vrai au moyen et à l’issue d’un raisonnement logique construit à partir d’axiomes. Une fois le théorème démontré, il sera considéré comme vrai.

 

De plus, les axiomes ci-après (v. 2, 3, 4, 5, 6 et 7) qui sous tendent le raisonnement sont démontrables, ce qui est exceptionnel pour des axiomes, et rend en cela la démonstration encore plus forte.

 

Nous démontrerons, dans les lignes qui suivent, que les faits nationaux facilement observables, forment une matrice qui engendre un être humain façonné de sentiments et de psychologie en général, de psychologie politique en particulier. Tout le reste en découle, imparablement, de cause en conséquence. C’était si évident qu’on l’avait oublié.

 

Voici la construction de ce théorème :
Préliminaire et liminaire
1 Observation et qualification du fait national dans ses multiples dimensions
2 Conséquences psychologiques et neurologiques individuelles du fait national
3 Conséquences sociologiques collectives des faits psychologiques
4 Conséquences sociales (réflexes) des faits sociologiques
5 Conséquences économiques des faits (réflexes) sociaux
6 Conséquences juridiques des faits sociaux et économiques
7 Conséquences politiques de la conjonction des faits juridiques, sociaux et économiques
8 Conclusion : Théorème du nationisme.
CQFD – Morale
Préliminaire : du nationisme

 

Le terme de nationisme est un néologisme, et le concept qu’il désigne, très récent.

 

On peut définir le nationisme comme étant la méthode intellectuelle, appliquée aux faits nationaux, par laquelle on constate et étudie ces faits, leurs corrélations, et le résultat appliqué. On l’oppose ainsi au “nationalisme”, discours et pratique politiques dures, voire agressives ou oppressives. Au contraire, le nationisme, entendu comme science, entendra affirmer le simple constat selon lequel ces communautés culturelles, géographiques et historiques que sont les nations existent, que l’homme en a besoin pour s’organiser, et qu’elles doivent être respectées par les autres nations et les organisations internationales.

 

Philosophiquement et politiquement l’idée de nation, historiquement récente (apparue au XVIIIème siècle), a souffert, à peine introduite dans le discours et les attitudes politiques, des dérives, souvent agressives ou totalitaires, du nationalisme, qui ont discrédité le terme. Inversement, les courants de pensée marxistes, socialistes, fédéralistes, a-nationalistes, internationalistes – de droite ou de gauche- ont recherché des voies théoriques en dehors ou au dessus des cadres nationaux.

 

Pourtant l’idée de « nation »(et celle, très proche, de « peuple ») apparaît dans des textes emblématiques, telle la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Les doctrines nationalistes initiales de cette époque ont permis de fonder l’idée et la pratique politiques d’État-Nations, d’émanciper ainsi les peuples des royautés et des empires, mais aussi de forger une mystique de l’état, aboutissant à estomper la nation sous jacente.

 

Le terme de nationisme est apparu très récemment pour le démarquer du concept philosophique et politique de nation, historiquement pourtant assez récent (XVIIIème siècle), du nationalisme. En effet, depuis la fin du XXème siècle et en ce début du XXIème déjà écorné, l’évolution du monde, et celle des sous régions (Europe, notamment) reposent la question des nations. Ce sont des penseurs issus d’un itinéraire passant par la gauche radicale ou romantique qui imaginent le néologisme, sémantiquement assez clair, de nationisme pour désigner une approche plus objective, anthropologique, et apaisée, de ce fait sociologique et politique qu’est la nation. Pierre-André Taguieff avait ainsi proposé dès 20031 –ce qui nous semble être le plus ancien emploi de ce néologisme en France2- le terme de nationisme. Le terme sera repris, dans la même acception, par des penseurs ayant eu des parcours politiques personnels comparables, comme Emmanuel Todd, Régis Debray. D’autres ont un point de départ à gauche aussi (Hubert de Champris), qu’ils ont relativisé (Alain Finkielkraut3) , ou non-gauchiste (Pierre Manent4, Marc Chevier5, Henri Temple6), mais ils convergent tous vers le même point focal syncrétique : la nation est une réalité culturelle et sociologique, un mode d’organisation économique, social,politique. La mondialisation, et la répulsion intellectuelle que ses abus ont suscité, ont accentué de telles convergences, impensables avant la fin des années 90.

 

Tous ces intellectuels renouent ainsi avec des débats et des intuitions de l’entre deux guerres : Richard de Coudenhove-Kalergi auteur d’un essai monumental intitulé « Pan Europa » et paru en 19237, mais aussi Julien Benda8 et Marcel Mauss9. Ce dernier, sociologue élève de Durkheim, avait échoué à terminer son projet de grand œuvre sur la nation, qui l’avait épuisé jusqu’à sa mort, et dont on ne possède que des fragments non organisés en un plan achevé. Et Edgar Morin, héritier de cette réflexion, constate que la théorie générale de la nation reste à écrire10.

 

Le plus souvent, les réflexions sur la nation accompagnent, les précédant ou les suivant de peu, les grands séismes de l’humanité occidentale (1783 en Amérique, 1789 en France, puis 1870, 14/18, 39/45 ; enfin pour l’Europe de l’est et le monde global : les années 1990). C’est pour débarrasser de ses connotations péjoratives l’étude de la nation, cette structure sociologique majeure, que le terme nationisme paraît souhaitable. Et dans la relation entre les nations, de même que l’on propose désormais de passer outre le terme « nationaliste », on pourrait suggérer de se dispenser des termes internationaliste ou international, pour les remplacer par le néologisme nécessaire de inter-nationiste, porteur d’une conception nouvelle des relations mondiales.

 

En effet l’histoire immédiate de l’humanité a vu, paradoxalement et simultanément, l’autodestruction du socialisme internationaliste et l’avènement d’un ultra capitalisme mondialiste anti national. L’avènement de la démocratie dans les républiques ex-socialistes, la chute du mur de Berlin, de la Yougoslavie, de l‘URSS, est concomitant avec ce que l’on perçoit, de plus en plus souvent, comme un recul des libertés à l’Ouest : OMC, FMI, Traités de Maastricht, puis de Lisbonne, confiant en grande partie les droits des nations et des peuples à des entités supra nationales.

 

Or, si en 1910, il y a un siècle, la planète Terre ne comptait guère plus d’un milliard d’habitants, en 2011, elle en dénombrait sept. Comment organiser une telle Humanité ? L’organisation politique de l’espace habitable devient alors une question primordiale : la question des nations est au cœur de ce problème. Faut-il les abaisser devant les organismes supranationaux ? Faut-il les dépasser, comme le proposent Derrida mais, plus prudemment, Morin ? Ou faut-il les protéger, en faire le cadre des échanges mondiaux, les briques de l’architecture du monde, un « concert de nations » égales ? Les réponses à ces questions, qui conditionnent la survie de chacun, passent par une réflexion complètement renouvelée sur les nations.

 

Sociologues, psychologues, juristes, politistes et économistes doivent impérativement reprendre des réflexions abandonnées depuis l’entre deux guerres, et les inclure dans une approche holistique.
Liminaire

 

Si l’homme est bien par nature –ce qui n’est contesté par personne depuis Aristote- un animal social, il est beaucoup moins bien compris (ou on perd de vue) qu’il ne devient tel qu’il est que par imprégnation, imitation, adaptation, éducation, information et instruction. Parfois même, hélas, par déformation.

 

La transmission des savoirs et des habitudes est essentielle et, en particulier, le système instructionnel va jouer un rôle capital. Sans même parler de la solidité, du sérieux, de l’accessibilité de ce système (ce qui est en soi un sujet), on devrait, avant tout s’interroger sur la façon dont il transmet les connaissances, et plus encore sur la façon dont on peut en faire l’acquisition personnelle et l’approche critique, puis, idéalement, sur la libre création de raisonnements personnels, autonomes, rigoureux, justes et utiles. Notamment en matière morale, philosophique, scientifique, religieuse, politique, économique.

 

Or, une telle formation à la méthodologie n’est pas prodiguée (ou très insuffisamment) dans les écoles ni –plus grave encore, si c’est possible- dans les écoles dites « grandes » et à l’université.

 

Les élites –qui détiennent une grande influence intellectuelle et médiatique, voire un pouvoir décisionnel- sont mal formées, mal contrôlées par des gens mal formés eux- mêmes, et la société toute entière est impotente -par connivence ou faiblesse- à sanctionner les erreurs et les fautes préjudiciables commises par les élites. L’erreur politique, militaire, diplomatique, voire intellectuelle, qui était si lourdement punie à Athènes (ὄστρακον = ostrakon), devient, hic et nunc, habituelle, banale, impunie, vite oubliée. Pourtant les plus grands penseurs et leurs disciples ont constamment stigmatisé les « élites » et rappelé sans cesse que la pensée doit, pour être juste (et donc pour mériter d’être ainsi qualifiée de pensée), répondre à des critères, des canons :

 

la sémantique, la maîtrise du sens des mots, (Platon, Aristote, Confucius, Abélard)

 

l’observation, la qualification des faits, (Aristote, Descartes, Claude Bernard, J. Stuart Mill11)

 

la méditation et l’intuition, (Bouddha, Platon, Aristote, Pascal…)

 

l’agencement des mots et des idées pour produire un raisonnement rigoureux et juste (Platon, Aristote, Thomas d’Aquin, Descartes, Spinoza, Kant, Claude Bernard, J.S. Mill)

 

On se demande alors ce qui est le plus grave dans notre système politique :

 

est-ce le fait que les décideurs sont incapables ou non désireux de former la population en l’initiant aux outils de la pensée (organon) ?

 

ou est-ce le fait qu’ils n’en connaissent pas l’existence, la justesse et l’impérieuse nécessité ?

 

Le résultat est là et les conséquences en terme de négligence de l’intérêt national, du bien commun, ne cessent de s’aggraver, qui ont été pourtant constamment dénoncées depuis Ronsard, Condorcet, Michelet, Bloch, Camus…

 

Plus récemment Crozier, Bentolila, Brighelli, Finkielkraut, Michéa, Onfray…, venant d’horizons politiques variés, mais posant, finalement, des diagnostics convergents, se rejoignent en une préoccupation constante : préserver et développer l’intellection sans laquelle on sombre dans l’erreur collectivement dommageable.

 

Aussi essayerons-nous, dans cette ligne, et dans le cadre de ce bref essai en forme théorématique, de respecter les principes du discours de la méthode, systématisés par Aristote, suivi en cela par Descartes puis Stuart Mill, et appliqués ici à l’étude du fait national.
1. Observation et qualification du fait national dans ses multiples dimensions

 

Intrinsèquement, ce sont six éléments12 qui fondent l’identification d’une nation en tant que telle, puis son unité, et l’identité nationale13 d’un groupe humain, éléments dont l’ordre et l’importance peuvent varier selon les pays :

 

la langue,

 

la religion et/ou un corps de croyances fondant une éthique collective,

 

l’histoire, les figures emblématiques,

 

le territoire, les paysages

 

la culture, les relations humaines

 

un consensus collectif majoritaire sur les cinq éléments précédents, et sur l’idée d’une communauté d’intérêts et de destin14.

 

Certes ces six éléments ne sont pas associés ou dosés selon des proportions toujours identiques. On peut observer des peuples, bien distincts, mais qui ont la même langue en partage (l’anglais, le français, l’espagnol). La religion, quant à elle, peut diviser, voire faire exploser des nations (Pays-Bas/Belgique ; Serbie/Croatie, Arabes chiites/ sunnites, Inde/Pakistan, Timor), sans même qu’il soit besoin d’exhumer une ascendance ethnique hétérogène (Irlande).

 

Inversement, la religion peut constituer un ciment qui traverse les âges et fédère (israélites ; dont certains sont pourtant hostiles à Israël ou fidèles à leur nation européenne ; Pologne, Québec…). D’autres peuples connaissent à peine leur histoire, ont une culture faiblement typée (Roms), ou n’ont pas de territoire propre délimité (Roms, Peuls).

 

Mais lorsqu’il n’existe pas (plus) de conscience collective consensuelle, de particularités communes vécues ensemble, il sera impossible de parler de nation.

 

On a souvent essayé de démentir la réalité objective du fait national. On ne comprend pas trop pourquoi, sinon parfois par un mal-être propre et personnel au chercheur en sciences sociales qui voudrait régler ce mal être en faisant disparaître le fait. Peut être peut on ranger dans cette démarche André Siegfried, un pionnier d’avant la première guerre, théoricien de l’enracinement et des traditions familiales, plus forts selon lui que l’identité nationale, qui inspire sans doute parfois encore Emmanuel Todd lorsqu’il s’enflamme contre l’idée d’identité nationale. Mais aussi, paradoxalement, Siegfried pourrait servir de référent à ceux qui professent que l‘intégration des immigrés échouera.

 

Plus récemment, et sous l’influence de courants marxistes et internationalistes, entre les années 1960 et 2000, on tenta alors de minimiser les faits nationaux et de les dépasser par l’étude des relations de travail, de consommation ou de domination économique : les échanges économiques sont désignés comme étant les éléments essentiels pour la construction du sentiment identitaire des individus. La rubrique Wikipedia (V° Nation) s’étend sur cette approche d’études qui « …tendent à se mettre dans une perspective comparatiste par l’intervention de chercheurs de nationalités différentes. D’origines diverses, on trouve, dans ce mouvement de pensées, Eric Hobsbawm, Norbert Élias, Benedict Anderson, Ernest Gellner, France, on retrouve sur ce terrain Pierre Bourdieu, Jean-Loup Amselle, Dominique Schnapper, Gérard Noiriel, etc. ». Mais comparer les systèmes d’identité, les nuancer ou les relativiser ne doit pas aboutir à les nier ; ce qui est, dissimulé dans cette confusion, est un un dessein autre ; or le comparatisme n’est pas le cosmopolitisme. La relativisation systématique n’est pas le déni. D’ailleurs le verbum Wikipedia ne laisse aucune place au concept de nationisme ni aux travaux modernes sur ce champ.

 

Cependant ces courants paraissent avoir désormais épuisé cette veine tant il est vrai que les sciences humaines sont tributaires du contexte politique et de ses traductions dans la recherche. De plus -et surtout- un monde surchargé de bientôt 8 milliards d’habitants (8 fois plus qu’en 1900), puis 11 milliards ou plus en 210015 a besoin d’explications moins matérialistes, plus culturelles et plus psychologiques pour pouvoir s’expliquer à lui-même. Face à une construction aussi complexe que celle du fait national, les explications par la position économique de la personne, sont certes utiles, mais sont loin d’être suffisantes, ni même centrales.

 

De tous les éléments énumérés ci-dessus, la langue, la culture, les valeurs communes (religion incluse) sont les plus déterminants. Les chercheurs sur le cerveau ont observé que, même lorsque cette sollicitation corticale remonte à la petite enfance, la première langue entendue marque pour toujours certaines zones du cerveau16

 

Le besoin d’identité nationale existe car les nations et les cultures existent. Ce besoin va avoir pour conséquences une élaboration affective décisive pour la vie de l’être humain.
2. Conséquences psychologiques et neurologiques individuelles du fait national17

 

Pour les psychologues le sentiment national réapparaît comme objet d’étude et de réflexion car les sentiments, ceux qui durent, construisent la personnalité (en bien ou en mal) :

 

Frustrations ou satisfaction (intellectuelle, sociale, affective, physique) ;

 

altruisme, pitié, dévouement, amour, admiration ou égoïsme, indifférence, mépris, haine.

 

Consensus, sentiment d’appartenance (familiale, régionale, religieuse, socioprofessionnelle, nationale), patriotisme et abnégation, ou bien rejet, exclusion, anomie18, ou repli communautaire.

 

Ces sentiments, plus durables, voire constants, se révèlent dans une relation d’altérité et peuvent être très structurateurs du comportement d’une personne. L’école lacanienne, axée sur la psychanalyse, a inhibé, en France du moins, les approches génétiques19 et psychologiques de la personnalité de l’individu, certes plus descriptives, mais plus pratiques aussi. Cette personnalité s’organise autour de cinq dimensions principales20 assez unanimement acceptées par les auteurs (extraversion, agréabilité, conscience, névrosisme, ouverture), chacune démultipliée en six sous dimensions et, désormais, ces trente facettes sont identifiables, avec une certaine précision, par des tests (par exemple NEO PI R et Alter Ego). Or ces dimensions, et leurs démultiplications, seront très largement influencées, inhibées ou excitées, par la culture nationale et/ou communautaire, notamment du fait de la place qu’elles consacrent à la liberté, à l’individualisme, et en raison du type de relations qui se créent au sein des structures familiales. Ces marqueurs psychologiques sont puissants et s’ils pourraient, en apparence, paraître masqués par la world culture uniforme (des tablettes aux sports en passant par les modes vestimentaires et musicales), il pourrait ne s’agir là que d’un vernis, vite fondu par les besoins profonds d’identité, les pressions du groupe, les racines, les valeurs de rattachement, l’appartenance à une communauté fermée. Des événements récents peuvent même démontrer que ce vernis envahissant est parfois le facteur déclenchant de réactions communautaristes virulentes. « Il existe [en effet], des mentalités qui peuvent caractériser la personnalité de certains groupes sociaux »21

 

L’immigré se trouve confronté, surtout s’il est musulman, à des tensions internes, provoquées par ce que les chercheurs et écrivains musulmans nomment souvent eux -mêmes l’hybridation culturelle22. La psychosociologie et les neurosciences sociales ont désormais consolidé les premiers travaux sur l’influence des structures sociales et de la culture nationale et religieuse sur la psychologie individuelle.

 

Le sentiment national a été étudié par John Stuart Mill et les chercheurs qui ont suivi son sillage précurseur. C’est surtout l’incidence du milieu sur ce sentiment (approche éthologique) qui a retenu J.S. Mill.

 

Mais il manque que soit étudiée plus avant l’influence de ce sentiment national sur l’élaboration sociologique du groupe et, au-delà, de celle de la nation.
3. Conséquences sociologiques collectives des faits psychologiques

 

Des sociologues, historiens et philosophes tels Edgar Morin23 et Fernand Braudel24, comme avant eux Mounier25, étudiant la nation, y trouvent la richesse essentielle pour accomplir l’être humain. Pour Edgar Morin, notamment, l’histoire nationale opère un processus d’identification très intime de l’individu avec un « Grand Être Historique vivant [la nation] luttant pour sa propre immortalité…grand nourricier de l’individu qui, en échange, lui doit fidélité. »26

 

L’identité nationale, outre sa dimension intrinsèque a aussi une dimension extrinsèque, excellemment résumée par une formule de Benda 27.

 

Chaque nation, en effet, est capable de s’auto-identifier par rapport aux autres, et c’est d’ailleurs le « concert des nations » qui peut reconnaître, par un consensus extrinsèque, un (nouvel) état-nation en tant que tel : en droit international public, on reconnaît, dit-on, un État, un gouvernement, à l’observation des éléments de l’amorce d’un État : un territoire, même occupé, une population, un début d’organisation politique…Ainsi apparaissent des états-nations nouveaux, voulus par leurs peuples, et reconnus par les autres Etats nations : Erythrée, Slovaquie, Slovénie, Soudan Sud… Les nations sont parfois contestées : Kossovo, Tchétchénie, Monténégro, Sahara ; ou elles peinent à conserver leur indépendance (Tibet) ou à l’obtenir (Kurdistan, Palestine, Azawad), comme ce fut le cas jadis de la Pologne. Et même de l’Italie.

 

Mais, par delà les artefacts diplomatiques et juridiques, la nation a bien une identité ; car l’identité, c’est l’essence, c’est-à-dire les caractéristiques permanentes dominantes et majoritaires d’un objet d’étude. Or l’essence de la nation constitue en grande partie l’essence de l’individu, sa « personnalité de base » comme disent les anthropologues après les travaux des culturalistes (Abraham Kardiner28). L’essence de la nation apporte donc aussi la part culturelle de l’essence et de l’identité individuelles.

 

Les « neuroscientifiques » du XXIème siècle, ont effectué des travaux de recherche de plus en plus fins et pénétrants sur le déracinement, l’acculturation, la « crise d’identité »29, notion tant utilisée en psychopédagogie, voire la « résilience », après les traumas affectifs de l’enfance. Ces derniers souvent liés aux sentiments que l’on a de son identité intime30 posent, de façon frontale les questions de l’élaboration de la conscience, de la compréhension, de l’estime, du SOI. Et l’affect national, qui est un élément central de l’intime, peut aussi, s’il est défaillant ou négatif, comporter des stigmates, des éléments déconstructeurs. L’archétype national, sa codification sociologique, qualifie autant qu’il peut disqualifier sentimentalement en creusant des fossés au sein d’une population territorialisée, mais hétérogène (minorités religieuses, ethniques, sociales, physiologiques)31.

 

Cette grande et nouvelle osmose entre sociologie et psychologie a bénéficié du renfort des travaux de Tajfel et Turner32 sur l’interrelation psychosociologique, qui ont fait évoluer l’approche de ces phénomènes profonds de sentiments d’appartenance (dont le sentiment national) ou d’exclusion. Le développement, très récent, de la psycho-sociologie, des neurosciences, de la neuropsychologie, et plus particulièrement des neurosciences sociales33, permet de percer progressivement les mécanismes physiologiques, neurobiologiques et hormonaux qui sous-tendent les comportements sociaux et les relations interpersonnelles. On découvre, alors, que les réactions électrochimiques du cerveau ont, plus que souvent, un lien direct avec l’environnement sociologique, affectif et culturel de l’être humain. Cet environnement provoque des sentiments, conditionne l’émotivité. Ce lien entre le sociologique et le physiologique oblige à en considérer l’incompressabilité : l’échec séculaire, relatif ou sanglant, de (certaines, mais pas toutes) sociétés de mixité ethno-culturelle peut et doit être observé : Bosnie, Irlande du nord, Irak, Roms en Europe centrale, Turquie, Syrie, Liban, Israël/Palestine, Soudan, Ceylan, Fidji, Rwanda, Timor, Mali… Nous avons proposé, pour compléter le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, d’en déduire et énoncer le “principe sociologique de précaution”34.

 

La crise d’identité si elle devient un conflit d’identité, avec une issue violente, va non seulement remettre en cause le consensus individuel mais jeter le trouble pour des millions de personnes qui ressentent la crise, et les dizaines de millions qui observent le devenir de leur communauté nationale : la crise de « Charlie » n’a pas encore livré tous ses symptômes.

 
Henri-Temple

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