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Pourquoi les médias occidentaux cachent-ils la vérité sur la Syrie ?

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Vu sur : http://lesakerfrancophone.fr, écrit par : Traduit par Sana pour l’interview et par Ludovic pour l’introduction et la conclusion, relu par Daniel pour le Saker francophone.
e 12 février 2016, le Président de la Syrie, M. Bachar al-Assad, qualifié la plupart du temps de bourreau dans les médias occidentaux, a été interviewé par l’Agence France-Presse. C’est un scoop dont l’AFP est fière à juste titre, parce que les 26 questions posées au président syrien étaient des questions importantes permettant de faire connaître le point de vue de M. Assad au public occidental (point de vue que l’on pourrait qualifier de plaidoirie de la défense) contre la condamnation quasi-unanime des gouvernements occidentaux. Des gouvernements qui réclament son renversement et soutiennent les dizaines de milliers de djihadistes qui ont afflué en Syrie, véritables troupes terrestres qui devaient chasser M. Assad du pouvoir, soit renverser le président d’un pays souverain. C’est une véritable invasion de la Syrie, mais les médias occidentaux la camouflent.
Il n’y a eu que deux sites d’information qui ont publié en anglais cette interview largement distribuée aux grandes rédactions : l’AFP et France24 News. Tous les autres médias d’information dans les autres pays l’ont passée sous silence – ils ne l’ont pas publiée, ils n’en ont même pas fait mention.Nous ne publions ici que des extraits de l’interview traduite par SANA. Pour avoir l’intégralité suivre le lien dehttp://lesakerfrancophone.fr

 

Bachar

Monsieur le Président, pouvez-vous me dire quel est votre ennemi principal ? Est-ce qu’il s’agit de l’opposition modérée et de leurs alliés islamistes ou des djihadistes de Daech ? Beaucoup de gens se posent cette question, parce qu’ils notent que vos forces actuelles visent surtout des villes tenues par l’opposition dite modérée et ses alliés islamistes et pas tellement par Daech.
– Je ne pense pas que le terme opposition puisse désigner chez vous en France, comme partout au monde, quelqu’un qui porte une arme. L’opposition est politique par définition. Si nous supposons que vous voulez dire terroristes modérés, ce serait bien un nouveau terme. Vous voulez dire par là qu’ils n’appartiennent pas à Daech, à al-Nosra, ni à d’autres groupes radicaux. Obama a qualifié l’opposition modérée d’illusion. Biden a dit la même chose. Le plus important, c’est qu’en réalité cette opposition n’existe pas. La plupart des hommes armés appartiennent à ces groupes radicaux, à savoir Daech, al-Nosra, Ahrar el Cham et autres. Ma réponse est donc que tout terroriste est un ennemi. Nous respectons toute opposition politique… et nous avons une opposition politique qui se trouve en Syrie et adopte des positions dures vis-à-vis de l’État, mais nous ne l’attaquons pas.
– Pour être très clair, vous ne faites pas de différences entre tous les gens qui portent des armes contre votre gouvernement, qu’ils se revendiquent de Daech ou de groupes dits modérés, vous ne faites aucune différence.
– Sur le plan légal, il n’y a pas de différence. L’État fera face à toute personne qui porte les armes, et ne l’interrogera pas sur son idéologie. Il y a quand même une différence, c’est que les groupes radicaux refusent le dialogue avec l’État. Ils pensent combattre, mourir et aller au paradis. Telle est leur idéologie. Quant aux autres groupes non idéologiques, la plupart a été induite en erreur (sic). Ils sont ultérieurement entrés en dialogue avec l’État. Certains ont jeté les armes, et il y en a qui combattent aujourd’hui du côté de l’armée, et nous leur accordons l’amnistie pour avoir renoncé aux armes.
– Monsieur le Président, Jayche el Islamet Ahrar al Cham, vous le considérez comme quoi ? Ils ont négocié avec vous, ils ont été à Genève. Vous les considérez comment ?
– Ils ont été à Genève comme faisant partie de l’opposition formée par l’Arabie saoudite. Puisque l’Arabie saoudite soutient le terrorisme à l’échelle mondiale, ses représentants sont naturellement des terroristes et non des politiciens.
– Donc pas de négociations avec eux…
– Déjà à Genève 3, on n’était pas supposé mener des négociations directes, mais à travers de Mistura. Là, soyons précis, nous ne négocions pas avec des Syriens, mais avec des représentants de l’Arabie saoudite, de la France, de la Grande-Bretagne, etc… Si vous entendiez par là un dialogue syro-syrien, la réponse est naturellement négative. Le dialogue avec ces gens-là n’est nullement un dialogue syro-syrien. Un tel dialogue se fait avec des groupes syriens qui ont leurs bases en Syrie, telle l’opposition politique en Syrie par exemple. Toute personnalité avec laquelle nous dialoguons et qui se dit opposition mais qui appartient à un pays étranger ou à des services de renseignement étrangers ne représente pas les Syriens dans le dialogue, et tout simplement nous ne la considérons pas comme syrienne.
( ….)
– Mr le Président, vous savez que, au cours de ces dernières années, il y a eu plusieurs accusations portées contre votre gouvernement et contre vous personnellement. Tout récemment, une commission d’enquête de l’ONU vous a accusé de perpétrer un génocide, ce qui est un crime contre l’humanité. Le mois dernier, le haut-commissaire de l’ONU sur les droits de l’homme, en parlant du siège des villes comme Madaya, a accusé votre gouvernement de crime de guerre. Il y a aussi le recours au bombardement de la population civile par des barils explosifs. Ne craignez-vous pas de devoir un jour rendre des comptes devant un tribunal international ?
– Vous savez d’abord que ces institutions onusiennes reflètent l’équilibre et les conflits entre les grandes puissances. Actuellement, elles sont essentiellement dominées par les puissances occidentales et la plupart de leurs rapports sont politisés et servent un agenda politique. La preuve en est que ces organisations n’ont rien dit sur des massacres déclarés commis par les groupes terroristes à l’encontre des citoyens innocents en Syrie. Ce qui réfute les dires ou les rapports de ces organisations, c’est d’abord qu’ils n’avancent pas de preuves, et c’est un cas général. Il y a d’autre part une certaine logique, car si les pays occidents (sic) s’opposent à telle personne, ainsi que les pays riches du Golfe, et si cette même personne tue son peuple, comment pourrait–elle continuer dans ces conditions pendant cinq années ? C’est pourquoi, je ne crains ni ces menaces ni ces allégations.
– Comme vous dites, il n’y a pas de rapports, c’est-à-dire ils sont faux et inexacts, mais il y a tout de même des témoignages, par exemple le rapport sur la mort des détenus qui sont dans vos prisons ?
– Non, il y a une différence entre crimes individuels et politique de tuerie systématiquement adoptée par un État. J’ai déjà dit qu’il y a des victimes innocentes de la guerre, c’est vrai. Mais il y a crime de guerre lorsque des ordres sont donnés pour adopter une politique qui consiste à commettre des massacres pour des fins précises. Si c’était le cas, les gens auraient fui les régions contrôlées par l’État pour se réfugier dans celles qui sont contrôlées par les hommes armés. Mais ce qui se passe, c’est tout à fait le contraire. Tout le monde vient vers les régions contrôlées par l’État.
– Comment pensez-vous rentrer dans l’histoire, comme celle d’un sauveur de la Syrie ou celle de l’homme qui l’a détruite ?
– Tout dépend de celui qui écrira l’histoire. Si c’est l’Occident, il m’attribuera les pires qualificatifs. L’important, c’est ce que je pense moi-même. Il va de soi que je cherche à défendre la Syrie, et c’est bien ce que je fais, et non à défendre mon siège.
– Voulez-vous encore négocier avec l’opposition ou bien pensez-vous être capable d’écraser militairement la rébellion ?
– Nous croyons totalement aux négociations et à l’action politique, et ce depuis le début de la crise. Cependant négocier ne signifie pas qu’on arrête de combattre le terrorisme. Deux volets sont indispensables en Syrie : premièrement, celui de négocier, et deuxièmement, celui de frapper les terroristes. Le premier volet est indépendant du second.
– Quel est votre commentaire sur la démission de Laurent Fabius ? Pensez-vous que cela changera la politique de la France à votre égard ? Est-il possible de faire un geste à l’égard de Paris, par exemple sur la lutte contre le terrorisme pour essayer de convaincre la France de changer d’attitude à votre égard ?
– Le changement des personnalités n’est pas vraiment d’une grande importance, c’est plutôt le changement des politiques qui compte. L’administration française a presque totalement changé entre Sarkozy et Hollande. Mais pour nous les politiques n’ont pas changé. Elles ont demeuré (sic) des politiques de sabotage dans la région, directement à l’appui du terrorisme. Nous ne devons donc pas supposer que c’est le ministre des Affaires étrangères qui est l’artisan des politiques. C’est plutôt tout l’État, et notamment le président de la république qui les conçoit. Pour ce qui est de la Syrie, je ne pense pas qu’elle doit faire un geste envers la France. C’est plutôt à la France d’agir pour combattre le terrorisme. Jusqu’à présent elle soutient politiquement les terroristes, et même les soutenait militairement dans certains cas. Il incombe à présent à la France d’adopter des politiques contraires, ou de changer de politique pour combattre le terrorisme. Surtout que des centaines de Français ont payé de leurs vies ces politiques erronées.
Chaque fois que les instituts de sondages occidentaux ont interrogé la population syrienne, le résultat a toujours été que les Syriens éliraient massivement Assad dans toute élection libre et sans trucage en présence d’observateurs internationaux, qu’ils méprisent Daech et blâment le gouvernement américain pour son soutien à cette entité. Voilà pourquoi le président américain Obama a insisté (jusqu’à tout récemment du moins) pour qu’Assad soit chassé du pouvoir avant qu’il y ait des élections en Syrie (Hillary Clinton l’exige toujours) : c’est le seul moyen pour les potentats occidentaux de s’en débarrasser et de rendre service à leurs bailleurs de fonds.
La raison pour laquelle les médias d’information occidentaux passent sous silence des événements importants (comme cette excellente interview d’un homme que l’aristocratie américaine et ses alliés veulent absolument renverser), c’est parce qu’informer le public avec honnêteté, pour que les électeurs puissent se décider sur la base de la vérité, et non des illusions qui leur sont justement inculquées par les médias, n’entre pas dans leur mandat. Cela est particulièrement vrai en matière de relations internationales. Ces illusions sont inculquées dans l’esprit du public par des professionnels qui savent comment s’y prendre. C’est pour cela que les classes dirigeantes les embauchent. C’est ainsi que l’on réussit dans cette profession. Cela vaut aussi pour cette interview, car tout rédacteur en chef qui aurait accepté de publier cet article de l’AFP (personne ne s’y est risqué) aurait mis aussi sa carrière en jeu.
Rinf.com
Traduit par Sana pour l’interview et par Ludovic pour l’introduction et la conclusion, relu par Daniel pour le Saker francophone.

La-route-vers-la-Syrie

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