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CATHOLICISME ET POLITIQUE : COMBIEN DE DIVISIONS ?

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Vu sur : Action Française, écrit par : Aristide Leucate
Une pierre nouvelle et fort intéressante est apportée par un rédacteur de l’Action Française, à nos réflexions sur l’influence du catholicisme dans la campagne électorale.
On notera tout de même , malgré le ton tranché et assez péssismiste de l’auteur (et quoi qu’on puisse penser de François Fillion , sans oublier Jean Frédéric Poisson aujourd’hui hors course des présidentielles) qu’un phénomène succédant au séisme de la Manif pour tous (dont il n’est pas question une seule fois dans l’article) est en train de se produire dans le pays. Mais on retiendra surtout la recension et l’analyse d’ouvrages très pertinents sur cette question.
Le Réveil français

 

Catholicisme et politique : combien de divisions ?
Dans un pays de plus en plus déchristianisé, le nôtre, il est assez piquant de constater que jamais les catholiques n’auront été aussi courtisés par un personnel politique (certes se réclamant plutôt d’un positionnement droitier, mais pas seulement) ravivant, par opportunisme, la flamme subliminale d’un de nos plus anciens sédiments anthropologiques. Ainsi, du laïcard Bernard Cazeneuve, affirmant, en janvier 2016 que « les racines chrétiennes de la France sont incontestables », à François Fillon, adepte régulier, selon son entourage, de retraites à l’abbaye bénédictine Saint-Pierre de Solesmes, dans sa Sarthe natale. Mais, à quel catholicisme font-ils référence et, partant, à quels cathos s’adressent-ils ?
« Certes la France est déchristianisée. Mais les églises sont toujours là. Vides, peut-être. Reste qu’elles font partie du paysage auquel les Français sont habitués. […] La France sait vaguement qu’il y a plus de mille cinq cents ans il y eut un nommé Clovis qui fut baptisé. Elle sait aussi qu’à Poitiers s’est déroulée une bataille remportée contre ceux qui brandissaient l’étendard du Prophète. ». Telle est, en effet, la réalité dépeinte par l’essayiste Benoît Rayski sur le site Atlantico (11 juin 2016). Toutefois, ce fait incontestable et encore visible, malgré la progression non moins irréfutable d’un islam décomplexé, serait rendu à l’état purement muséal sans la présence vivante d’une certaine identité catholique indépendante de la pratique rituelle. C’est que fait ressortir une intéressante étude menée par les sociologues Philippe Cibois et Yann Raison du Cleuziou de l’institut de sondage Ipsos pour le groupe Bayard. Il en ressort une relative polymorphie des profils cathos, laquelle donnerait la rapide impression que, finalement, il y aurait autant de catholiques que de “praxis” religieuses. L’originalité de l’enquête réside dans une approche faisant litière du manichéisme classique en la matière (les cathos de gauche et ceux de droite, les tradis et les progressistes). « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père » (saint Jean, 14-2), à telle enseigne que la foi ne paraît plus être ce plus petit dénominateur commun irréductible fédérant une communauté catholique des plus hétéroclite. Pour le dire autrement, au réductionnisme binaire et par trop simpliste de la pratique catholique s’est substitué un impressionnisme des sensibilités qui semble, selon nous, participer de la “crise” structurelle de l’Église post-conciliaire. En 2014, Raison du Cleuziou mettait déjà en évidence cette pluralité de topos difficilement compatible avec l’idéal, aussi bien théologique que téléologique, de la “communion” postulant, a priori, l’unicité de l’Église (Qui sont les cathos aujourd’hui ? Sociologie d’un monde divisé, Desclée de Brouwer).
Cathos zombies
Notre sociologue a parfaitement entrevu ce qu’il appelle le « catholicisme festif » ravalé à des pratiques plus ancestrales et coutumières que réellement inspirées par de purs actes de foi individuels. « Autrement dit, la pratique de l’immense majorité des catholiques français se limite aux événements de la vie (baptême, mariages, décès) et aux grandes fêtes », comme le rapporte La Croix (12 janvier) ; « quant aux pratiquants hebdomadaires, ils représentent… 1,8 % de la population française » . Une telle interprétation n’est pas sans rappeler le concept de « catholicisme zombie » forgé par Emmanuel Todd et Hervé Le Bras, dans Le Mystère français (Seuil, 2013), soit la survivance sociale inconsciente de réflexes rituels jadis irrigués par une authentique croyance métaphysique. À titre d’illustration et sans verser dans une synecdoque abusive et caricaturale, on en voudra pour preuve le sacrement du baptême qui, par rapport à celui du mariage (bien qu’en baisse tous les deux en Europe de l’Ouest), continue à se maintenir au rang d’habitus familial – le terme de “tradition” paraissant tout à fait inapproprié pour désigner la persistance d’un phénomène ayant de moins en moins à voir avec la transmission d’un patrimoine spirituel, mais devenant un prétexte supplémentaire de rencontres festives excédant le cadre familial lato sensu.
Dans son ouvrage précité, Raison du Cleuziou fournit une clé d’analyse fondée implicitement sur la disjonction du religieux et de la métaphysique. La religion apparaît alors comme un avatar du lien social de plus en plus distendu dans nos sociétés mécontemporaines, que nos élites s’échinent à résumer sous le label insignifiant de “vivre-ensemble”, dans la sacro-sainte révérence laïque aux “valeurs de la République”. Dans un contexte civilisationnel et social où l’homogène fait désormais figure de repoussoir, au nom d’un égalitarisme procédural et extensif, le communautarisme offre aux catholiques de toute obédience et de tous horizons la facilité d’un repli individualiste et autarcique qui fait peu de cas de toute hiérarchie, à commencer par celle qui constitue le cœur nucléaire du mystique de l’Église, son magistère – dont le pape, en raison de son infaillibilité doctrinale, est le premier gardien. Cela se traduit par une éruption multiculturelle, tout catholique revendiquant presque à son bénéfice d’être au plus près de la vérité évangélique que son coreligionnaire. « Ces sous-cultures semblent s’autonomiser les unes par rapport aux autres, faute de régulation institutionnelle pour les faire converger ou pour les articuler », conclut du Cleuziou. En somme, la messe est dite, ce qui demeure de catholicisme dans notre pays se diluant dans les eaux glacées et acides de la sécularisation.
Hyper-postmodernisme
Le propos peut sembler frappé du sceau du pessimisme, sans pour autant qu’il débouche sur une désespérante impasse nihiliste. Mais le royaume de Dieu « n’étant pas de ce monde » (Jean, 18-36), l’on doit nonobstant regretter l’irréversible gâchis anthropologique causé par les folles tentations parousiaques terrestres des théologiens de l’aberration libertaire et démocratique post-Vatican II. Sur le plan politique, une telle perspective postmoderne s’est avérée désastreuse puisqu’elle portait en elle les funestes promesses impolitiques du désordre. Le relativisme qu’elle impliquait nécessairement a conduit à une hyperpolitisation (la politique s’invitant en tous les domaines de la vie sociale) autant qu’à une hyperchristianisation du champ politique (qu’illustrerait cette fameuse phrase, souvent détournée de son sens, de Chesterton – dont la lecture informerait précisément sur la double crise spirituelle et politique que traverse notre monde moderne – aux termes de laquelle « le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles […] parce qu’isolées l’une de l’autre et parce qu’elles vagabondent toutes seules »). Il s’en est mécaniquement suivi un effondrement de l’ordre politique que précédait une inversion des valeurs. La théologie se muait en éthique de conviction quand la politique s’abîmait irrémédiablement dans l’économie (dans son acception étymologique de gestion des affaires domestiques). Nihil nove sub sole, puisque des penseurs aussi conséquents que Vico ou Comte eurent la préscience de ces différents états politiques et intellectuels (théologiques, métaphysiques et positivo-technicistes) à partir desquels s’ordonnaient tous les autres.
Actuellement, à l’ère de l’État prétendument neutre, où tout se vaut car rien ne vaut plus rien, le temporel comme le spirituel se trouvent, chacun en ce qui le concerne, dans la dramatique incapacité de tenir leur rang. On rappellera ce passage très augustinien de La Démocratie religieuse de Charles Maurras (1921) : « Il faut définir les lois de la conscience pour poser la question des rapports de l’homme et de la société ; pour la résoudre, il faut constituer des autorités vivantes chargées d’interpréter les cas conformément aux lois. Ces deux conditions ne se trouvent réunies que dans le catholicisme. Là et là seulement, l’homme obtient ses garanties, mais la société conserve les siennes. […] L’Église incarne, représente l’homme intérieur tout entier ; l’unité des personnes est rassemblée magiquement dans son unité organique. L’État, un lui aussi, peut conférer, traiter, discuter et négocier avec elle. Que peut-il contre une poussière de consciences individuelles, que les asservir à ses lois ou flotter à la merci de leur tourbillon ? »
Déréliction
Dans un essai aussi coruscant que convaincant intitulé Église et Immigration – Le Grand Malaise – Le Pape et le Suicide de la civilisation européenne (Presses de la Renaissance), Laurent Dandrieu, journaliste à Valeurs actuelles, s’en prend précisément à ce confusionnisme de type sacerdotaliste (que récusait Augustin d’Hippone) auquel nous assistons aujourd’hui à propos de la crise migratoire européenne. Le pape François est indubitablement dans son rôle lorsqu’il appelle, à titre individuel, ses brebis au devoir théologal de charité. Mais le bât blesse inévitablement lorsque, à coups d’approximations théologiques et de déclarations à l’emporte-pièce, il brandit, tel un impératif kantien, l’impérieuse nécessité collective du droit humanitaire des États, oubliant au passage que cet afflux soudain d’immigrants sur les côtes européennes (qu’il qualifie pourtant, lui-même, d’« invasion ») est la résultante catastrophique du chaos libyen provoqué par l’ancien président Sarkozy. Soit un problème foncièrement politique devant être tranché politiquement et non à l’aune de considérations émotionnelles ou compassionnelles.
Comme le souligne pertinemment Dandrieu, « les principes évangéliques sont des chemins de sainteté, pas des règles de gouvernance politique » (Le Figaro, 13 janvier). Sauf qu’en l’espèce, le pape fut entendu, au moins à Berlin et à Paris, jusqu’à Bruxelles, avec les conséquences politiques que l’on sait. Cette complaisance à l’égard d’un ultramontanisme des plus déplacé eût été inconcevable en d’autres époques, où un pays comme la France eût vivement manifesté un gallicanisme sourcilleux vis-à-vis de Rome.
Au surplus, l’on assiste à un curieux retournement consistant dorénavant à s’en prendre aux « catholiques identitaires » accusés d’anti-papisme par ceux-là même qui n’ont eu de cesse, depuis quarante ans, de fustiger les « prises de position » prétendument « rétrogrades » et « réactionnaires » du Vatican sur l’avortement ou l’homosexualité. Aujourd’hui, ces anti-calotins de profession sont relayés par les idiots utiles de la démocratie chrétienne – qui sont au catholicisme ce que l’islam est à l’œcuménisme. C’est ainsi que tel obscur blogueur croit opportun de sortir de son anonymat pour commettre un laborieux pensum anti-« catho identitaire » (sans nullement définir ce qu’il entend par là, sauf à empiler les habituels poncifs sur leurs inspirations et origines « extrême-droitières »). En l’occurrence, il revient à Erwan Le Morhedec d’avoir décroché la palme warholienne d’une évanescente notoriété en publiant un hargneux Identitaire – Le Mauvais Génie du christianisme (Cerf) au sein duquel, toute honte bue, notre plumitif nous pond cette perle du négationnisme le plus obtus : « Affirmer que la “France véritable” serait chrétienne suppose acquises deux vues de l’esprit : qu’un pays en lui-même puisse être chrétien, ce qui paraît aussi faux d’un point de vue spirituel que culturel, et qu’il existe une “France véritable” à laquelle il serait possible de se référer. » Un abîme de stupidité à méditer tant il en dit long sur l’état de déréliction qui s’est emparée de bon nombre de cathos…

 

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