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Culture, politique, arts, et interprètes

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De Roland Dorgeles à Marcel Duchamp…

 

Article du Réveil Français , écrit par : Henri Temple

 

Henri Temple
Que l’on nous comprenne bien : il ne s’agit pas, ici, de défendre -pas plus d’ailleurs que d’attaquer- Mme Le Pen, mais de réfléchir à la culture et à ce que devraient être les positions de la Cité sur ce sujet important. La vieille machinerie du « Tout Paris » à produire des comités, collectifs, motions, appels, protestations, indignations en toutes saisons est bien rodée. Elle vient de nous en donner un exemple le 4 avril dans Libération (le journal de Ledoux et Drahi), dans un texte surmonté par un intitulé «L’appel du monde de la culture contre le FN ». Toutefois -et heureusement- à y regarder de plus près, le texte diffuse un éclairage différent tel qu’il mérite que l’on s’y penche.
Tout d’abord -et c’est judicieux- le texte parle d’art et non pas de culture. On a, en effet, trop souvent confondu les deux : or l’art est tout ce que l’homme peut créer ou reproduire de beau qui comporte des phrases, des sons, des couleurs ou des formes…Tels que cela induit chez l’artiste un sentiment d’accomplissement mais surtout produit une émotion justement dénommée artistique chez l’être humain qui est confronté à l’œuvre. La  »culture », elle, est d’ailleurs le résultat, chez l’être humain, de sa compréhension des arts, de la philosophie, la réflexion, la contemplation…Car l’art est fait à la fois par et pour l’artiste, et à la fois destiné à celui qui en reçoit le message : le destinataire de cette émotion, cristallisée dans l’œuvre, afin qu’il la partage, pour son plaisir et son édification.
Or si la création artistique doit être absolument libre il n’est pas interdit, voire il est hautement souhaitable, qu’outre sa fonction libératoire pour le créateur (et pour l’interprète qui communie avec l’œuvre qu’il sert), l’art ait une fonction sociale. Vouloir valoriser le patrimoine national est une grande mission. Une centaine de signataires (dont nombre d’étrangers) affirment que : « l’art n’est pas fait pour servir la grandeur de la France »… Mais bien sûr que si ! L’art -dont ce n’est certes pas le seul but- peut aussi avoir pour dessein (ou simplement pour effet), en encourageant la haute qualité créative- et en écoutant les émotions du public- à illustrer la France dans le monde. A hisser la population vers les cimes. C’est d’ailleurs la tradition de la France que d’offrir une vision universaliste; à travers les idées et les arts. Quant au patrimoine, figé ou vivant (comme les métiers d’art en voie de disparition), un grand effort doit être fait pour le préserver.
Quant à l’État, bien évidemment sollicité par les artistes (subventions, statut des intermittents, protectionnisme culturel), il sera libre, sur mandat reçu du peuple, d’encourager certaines formes d’art plutôt que d’autres. N’est-ce pas ce qu’il a toujours fait jusqu’à présent ? N’est-il pas démocratique (à budget constant) que l’alternance politique (quelle qu’elle soit) favorise des axes artistiques différents et conformes au mandat démocratique reçu?
Pour être clair et illustrer : personne ne désire empêcher Anish Kapoor (un Indo-britannique) de fabriquer ses créations. Mais personne n’empêchera un gouvernement élu démocratiquement et représentant 46 millions de Français, d’estimer que ces œuvres en plastique n’ont pas leur place à Versailles. Car c’était vouloir les imposer à des spectateurs qui, très majoritairement, ont désapprouvé, ou trouvé la France grotesque et irrespectueuse. Dans quel but élitiste ou pervers ?
Pour être tout aussi clair je ne crois pas un instant au slogan de cet «Appel»très rive gauche canal historique (s’il en reste) : « C’est pourtant là [on suppose que c’est l’art contemporain qui est visé?] que réside l’éminente fonction de l’art qu’est la subversion -qui va du léger déplacement au renversement scandaleux ».Il y a ici une bien grave et consternante erreur de raisonnement. On approuvera certes, sans réserves, ce qui est affirmé plus bas : « la liberté de penser et de créer, la liberté d’inventer et d’affirmer, la liberté d’interpréter et de critiquer le monde comme il va ou ne va pas, sont choses précieuses…/… l’art comme fruit de ces libertés…etc . Mais personne ne parle de brider cette liberté ! Simplement, est-il permis de rejeter l’idée absurde selon laquelle la fonction de l’art serait qu’il soit simplement subversif ? Certes l’art a pu parfois déranger des habitudes conservatrices. En littérature, en peinture, en musique, des  »batailles »,  »des modernes » des  »indépendants », des  »surréalistes » se sont exprimés difficilement à leurs débuts: mais hors du champ des aides d’état. Et si l’art peut bien être subversif (surtout dans des sociétés figées), contrairement à ce qui est affirmé dans l »Appel »ce n’est pas  »sa fonction éminente ». Ce grave contresens fait penser à celui que des journalistes superficiels s’appliquent à eux mêmes ; or la liberté de la presse n’est pas un but en soi, mais seulement un moyen indispensable pour pouvoir accomplir leur fonction sociale : informer véridiquement, et encourager le débat.
Pour revenir à l’art, Platon y vit une quête du Beau. Un fraternelle jouissance partagée entre l’artiste et son public. Or les auteurs de l »’Appel » ne pensent pas au public ! Alors que c’est en lui (après l’artiste) que se manifeste massivement et longtemps l’émotion esthétique. Pour Plotin, l’œuvre d’art est un chemin, ou « un échelon pouvant mener à la beauté intelligible» : elle ouvre l’esprit au souvenir de son origine divine et du monde invisible mais intelligible qui est notre « véritable patrie ».Paul Klee (peintre qui fut, lui, vraiment victime de la politique nazie) dira bien plus tard: « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible ». Non sans un effort du public. D’ailleurs Aristote (Éthique), qui inspire Plotin au moins autant que Platon, insiste sur la nécessité d’une éducation et d’une pratique musicales, car seule la musique permet de comprendre l’existence de subtiles nuances. La fonction cognitive de l’art, selon Aristote, repose donc sur une représentation ou une stylisations du réel contenant en elle-même sa propre signification. Mais aussi à l’accès facilité à d’autres voies du  »comprendre ».
Notre Comité germanopratin, tout à la défense de ses privilèges, a oublié dans son prêche fulminatoire rien moins que le public ; et l’instruction de la jeunesse !
« L’art est une abstraction, c’est le moyen de monter vers Dieu en faisant comme notre divin Maître, créer » disait Paul Gauguin. Inversement pour Nietzsche l’art est aristocratique : « L’aristocrate et l’artiste, qui posent des valeurs sans discuter, sont l’expression même des forces actives. » On ose espérer que nos  »Comitards » ne mangent pas de ce pain là. Cependant on ne fait qu’oser… !
Divertir, passionner même, inspirer des émotions artistiques, provoquer l’admiration pour l’artiste, enrichir la culture et la réflexion chez le destinataire, voilà bien la fonction de l’art en général.
Mais il est vrai que l’art contemporain répond à d’autres critères. Toutefois ces critères servent parfois à justifier de véritables impostures. On se souvient du canular des  »tableaux de Boronali » (Salon des Indépendants de 1910), dont on révéla après coup qu’il s’agissait des barbouillages erratiques de la queue d’un âne (Aliboron!), trempée dans diverses peintures. Une partie de la création contemporaine (la plus commerciale) se borne à intriguer, amuser, choquer, interpeller et perd sa capacité d’interaction avec le public. L’ingéniosité (parfois) de l’auteur se suffit à elle même; ou elle conduit à une approche décorative ou fonctionnelle de l’objet (design).
Ces créations n’ont pas de vie propre car, sorties du contexte et des écoles qui prétendent les sémantiser, elles ne sont pas identifiables comme œuvres d’art, mais comme objets décoratifs ou fonctionnels. Ou intrigants. Sans une vie artistique propre.
Puis l »Appel » dérape en accusations purement politiciennes et sempiternelles de la pensée unique, cimentée et déconnectée du sujet : racisme, antisémitisme, xénophobie, nationalisme… Ce serait un autre débat; mais pas le nôtre.
En conclusion : le Front national aurait sans doute tort s’il ramenait tout l’art à la seule nation. Mais les signataires du dit appel ont encore plus tort non seulement de rejeter l’utilité nationale de l’art, mais surtout d’exclure le peuple, et la jeunesse appelés à recevoir l’art, à y participer (instruction artistique), et en tirer plaisir et culture. L’art n’appartient pas seulement aux artistes choyés de la République…Il n’est pas d’art sans altérité.

 

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