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Éducation : Blanquer va-t-il réussir à dompter le mammouth ?

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Vu sur : Contrepoints, écrit par : Éric Verhaeghe.
Le bras de fer qui commence entre le nouveau ministre de l’Education et les fonctionnaires, idéologues du « pédagogisme « notamment et de l’immobilisme suicidaire, promet d’être sportif. Si le ministre l’emporte, ce sera une première…

 

ÉCOLE & ÉDUCATION 13 JUIN 2017

C’est un bien curieux combat qui se livre dans les coulisses du « mammouth » de la rue de Grenelle, et, à n’en pas douter, il méritera de nombreux décryptages pour ceux qui ne sont pas férus de questions éducatives.
Le ministre Jean-Michel Blanquer a annoncé la semaine dernière ses premières mesures. Elles visent toutes à desserrer l’étau du mammouth sur un système éducatif à la dérive. Les premières mobilisations apparaissent face à des décisions pourtant timides mais salutaires. Le combat d’un ministre contre une machine infernale commence.
C’est un bien curieux combat qui se livre dans les coulisses du « mammouth » de la rue de Grenelle, et, à n’en pas douter, il méritera de nombreux décryptages pour ceux qui ne sont pas férus de questions éducatives. Jean-Michel Blanquer, qui a déjà expliqué qu’il ne proposerait aucune loi qui porterait son nom, vient pourtant de s’attirer les premières foudres des traditionnels idéologues de l’immobilisme éducatif. Lentement mais sûrement, les premières salves contre sa méthode et sa vision ont été tirées par ceux qui espèrent garder le contrôle d’un système en décomposition.
LA DÉCOMPOSITION ÉDUCATIVE EN FRANCE
Que l’école soit dans un état de dégradation avancée n’est un mystère pour personne. Les études triennales PISA l’ont suffisamment montré et documenté. Toutes les tares de notre système éducatif y sont décortiquées factuellement : inégalités sociales, décrochages scolaires puissants, difficulté à intégrer les jeunes issus de l’immigration, résultats moyens par ailleurs.
Face à cette lente décomposition, les remèdes sont connus. Seule une dénationalisation du système, une autonomie des établissements et une innovation pédagogique profonde permettront de rétablir la situation, comme d’autres pays sont parvenus à le faire.
LES RENTIERS DE LA CENTRALISATION SONT INQUIETS
Bien entendu, tous ceux qui prospèrent sur une centralisation suicidaire de notre système éducatif, et sur sa déresponsabilisation principielle, sont horripilés par toutes ces solutions. Au premier rang d’entre eux, on placera les syndicats d’enseignants et leur chambre d’écho, la FCPE, régulièrement composée et représentée par les enseignants, mais sous leur étiquette « parents d’élèves ».
Tout ce petit monde déteste l’idée que les chefs d’établissement puissent développer des projets scolaires locaux et autonomes, qui échapperaient aux arrangements de couloir obtenus par la bureaucratie syndicale rue de Grenelle. Et tant pis si ce sont les élèves les plus faibles qui pâtissent de cette redoutable mais impitoyable prise de pouvoir. Dans tous les cas, il faut dénoncer la menace que ce projet fait peser sur la liberté de l’enseignant : entendez qu’il ne faudrait surtout pas que la Nation commence à fixer des obligations de résultats à ces fonctionnaires sous statut qui se comportent comme des professions libérales.
LA STRATÉGIE DE PETITS PAS MENÉES PAR JEAN-MICHEL BLANQUER
Dans ce contexte tendu, Jean-Michel Blanquer fait le choix astucieux d’avancer à petits pas et par une sorte de guérilla face aux troupes constituées des rentiers qui verrouillent la communauté éducative. Pas de loi, donc, mais des mesures de « gestion » : possibilité reconnue aux collectivités de déroger aux rythmes scolaires dans les écoles primaires, élargissement prudent des possibilités de redoublement au collège, introduction de soutien scolaire pendant les vacances financé par des heures supplémentaires.
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On voit bien la manœuvre : on abandonne les grandes mesures nationales, et on laisse le terrain s’organiser en lui donnant des espaces d’autonomie. Le pari qui est fait est de voir progressivement un autre modèle s’installer, décentralisé et pluriel, sans possibilité de retour.
La méthode est peu flamboyante, mais elle a un immense mérite : elle complique singulièrement la tâche de blocage à laquelle sont prêts tous ceux qui dénoncent cette « territorialisation de l’éducation », selon une expression qui en dit long sur les appétits de pouvoir des Parisiens. Allez vous mettre en grève contre un décret qui vous permet, si vous le souhaitez, de faire usage de vos libertés !
LES PATTES DU MAMMOUTH BIENTÔT CASSÉES ?
Avec cette méthode, il n’est pas impossible que Jean-Michel Blanquer parvienne à casser les pattes du mammouth. Ce serait une annonce réjouissante, tant la médiocratie de la rue de Grenelle a poussé notre école publique et laïque à la désespérance.

 

 

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