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Que cherche à faire E.Macron en Libye ?

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Article du Réveil Français , écrit par : Henri Temple, ex professeur de droit économique à l’Université de Montpellier, expert international, avocat Philosophe

 

On avait appris par un discret et hâtif communiqué de l’Élysée (24 juillet) que M.Macron réunissait le 25 juillet à La Celle Saint-Cloud les représentants des deux factions en conflit en Libye : « le Président du Conseil présidentiel libyen, M. Fayez Sarraj, et le commandant de l’armée nationale libyenne, le général Khalifa Haftar, pour mener des consultations afin de contribuer à une sortie de crise en Libye ». Elysée.fr, le 24 juillet 2017, Libye, initiative du 25 juillet http://www.elysee.fr/
Il est vrai que cette crise si près de nos frontières est susceptible d’entretenir deux fléaux : les flots d’immigrants vers l’Italie, puis la France ; les groupes terroristes islamiques, armés sur les énormes stocks libyens, infiltrés dans tout le Maghreb et le Sahel…
Les gouvernements français successifs ont commis au moins 2 erreurs capitales dans cette région du monde :
– l’intervention militaire en Libye contre Kadhafi sans avoir, au préalable, imaginé et préparé le scenario d’après crise,
– une élection présidentielle hâtive au Mali, sans avoir amené le Nord et le Sud à se rencontrer dans le cadre d’une conférence de réconciliation nationale. Ce qui en Afrique est un préalable traditionnel à toute recomposition politique. Le Mali est ainsi devenu une autoroute du jihadisme vers l’Afrique sub saharienne.
L’enjeu de cette réunion sous l’aile de M.Macron à La Celle Saint-Cloud, entre les deux hommes forts de Libye qui s’affrontent pour prendre le pouvoir sur un pays qui a sombré dans le chaos, est désigné comme celui de « bâtir un État capable de répondre aux besoins fondamentaux des Libyens et doté d’une armée régulière unifiée sous l’autorité du pouvoir civil… une nécessité pour le contrôle du territoire libyen et de ses frontières pour lutter contre les groupes terroristes et les trafics d’armes et de migrants, mais aussi en vue du retour à une vie institutionnelle stable ».(Hélène Nouaille, Léosthène 24 juill).
Sans risque de se tromper -car on devine déjà que la démarche intellectuelle et la méthode mise en œuvre seront tout aussi insuffisante que les précédentes- cette brusque initiative va vraisemblablement échouer, pour 3 raisons principales :
1 L’affaiblissement dangereux de nos armées qui ne rend plus crédible la parole méditerranéenne de la France. Et la suppression médiatisée de 850 millions d’euros en cours d’exercice budgétaire va attirer l’attention sur cette faiblesse (on part du principe que les militaires vont toujours obéir et mourir, mais…?),
2 L’absence totale et obstinée de tentative de compréhension de la réalité ethno-politique de la Libye, mosaïque de peuples, ainsi que de la nécessité d’en tenir compte pour élaborer une construction constitutionnelle (confédérale, régions autonomes) ; seule la terreur kadhafienne (comme ailleurs en Irak, en Syrie) permettait de maintenir une apparence d’état sur cet immense territoire (1,8 millions km² ; soit plus que la France, l’Espagne et l’Italie réunies…),
3 L’ignorance des nations du champ ou du voisinage, intéressées par le sujet et mises devant le fait accompli ou même exclues du processus. Ces nations sont l’Égypte, l’Algérie, la Tunisie, le Mali, le Tchad côté sud. L’Italie, la France, la Grèce, Malte, côté nord. Et bien sûr les USA en raison de leur énorme puissance militaire.
Qui a été convié et a accepté de venir à cette réunion de médiation ? Seulement le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Ghassan Salamé. M.Macron à lui tout seul va-t-il réunifier les deux Libye en scission ? Celle du président Sarraj qui est reconnu par la plupart des nations ? Et celle du général Haftar qui tient le terrain, appuyé par l’Égypte voisine d’Al Sissi ?
Et l’on ressort la baguette magique de L.Fabius : on va organiser des élections ! La leçon malienne n’a donc pas suffi : il est regrettable qu’il n’y ait pas un mot sur la question primordiale de la constituante. C’est même pire qu’au Mali puisque le Mali avait une constitution (mauvaise): en Libye il n’y a que des textes provisoires (2 !) datés de 2011 complétés en 2014. Mais la Déclaration commune au soir du 25 juillet annonce quand même l’organisation d’élections à partir de juillet 2017 (point 9) !
Cette réticence des Français à propos des questions ethno-historiques a des titres d’ancienneté et des conséquences : si l’on se reporte au Traité de Versailles et à tous les traités qui lui ont fait suite dans les années 20, chacun peut encore voir, 100 ans plus tard, dans quel état la Turquie, le Kurdistan, l’Ukraine, l’Irak et la Syrie se trouvent. La Libye est, elle aussi, un démembrement de la Sublime Porte, et n’a jamais été réorganisée selon les aspirations des populations qui y vivent.
La France -car la sécurité des Français en dépend, ainsi que celle de toutes les populations des pays de la zone, et donc la cessation des flux migratoires- devra absolument :
1 Redonner les moyens à son armée d’exercer ses missions, et donc ainsi lui rendre sa crédibilité stratégique; bien entendu cela implique de lui restituer immédiatement les 850 millions d’euros retirés de façon inconséquente
2 Prendre l’initiative, car elle est encore bien placée pour ce faire, de la création d’une force multinationale pour détruire le terrorisme islamiste en Libye, qui est en train de s’y reconstituer après sa probable éviction de la zone Syrie-Irak, afin de sécuriser et stabiliser durablement la Libye déchirée par les guerres de succession et les milice islamistes. Cela supposera de ne pas écarter tel ou tel pays candidat à participer à une telle intervention mais au contraire d’impliquer et de respecter tous les pays qui sont très concernés. L’Italie par exemple ou le Tchad.
3 Ce n’est qu’alors qu’un processus de reconstruction politique pourra être entrepris. Ce processus devra certes prendre en compte les forces en présence et leur représentativité. Mais il devra surtout, ce qui n’ a jamais été fait jusqu’à présent, prendre en considération les aspirations des groupes ethno-culturels. Le droit des peuples à disposer d’eux mêmes doit primer sur les gesticulations médiatiques et politiciennes improvisées. Car c’est le socle de toute vie politique. Or la Déclaration commune ne dit mot sur la Constitution future, sans laquelle une élection présidentielle resterait chimérique. Même la réforme du Conseil présidentiel provisoire (évoquée jadis pour inclure Haftar dans un triumvirat), n’est pas mentionnée. Pas plus que l’autorité du pouvoir civil sur l’armée (ce que le général refuse), ou la reconnaissance de la légitimité de Faïez el-Serraj à l’est du pays. Quant au  »processus de réconciliation nationale » évoqué dans la déclaration « agréée » (mais pas signée…) en dix points, lue en arabe devant la presse, il est encore bien loin du sens qu’aurait la réunion d’une vraie Conférence de réconciliation nationale et d’une Constituante.
Bâtir un État Libyen était le programme annoncé. Mais des élections sans refonder préalablement les bases d’une constitution consensuelle? Quel juriste pourrait y croire?

 

 

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