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L’émirat du Qatar, le terrorisme, la France… et Neymar

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Vu sur : Voie Royale, écrit par : Frédéric de Natal
Notre ami Frédéric de Natal nous a autorisé à reproduire ici un article très fouillé, repris sur le site de la « Voie Royale » fort intéressant et particulièrement éclairant sur le rôle du Qatar et de ses pétrodollars, dans les guerres qui agitent le Golfe Persique, les rapports avec certaines mouvances terroristes, ainsi que les finalités supposées de son investissement « footbalistique » avec en dernier lieu, l’achat du brésilien Neymar pour une somme colossale au profit du PSG.
le Réveil Français

 

8 AOÛT 2017
Sous l’étalement de luxe qu’il offre volontiers aux soixante-trois nationalités différentes regroupées dans sa capitale aux gratte-ciels vertigineux et attirées par le mirage d’une vie meilleure, le Qatar est accusé par ses détracteurs de financer le terrorisme international via les dividendes que lui rapportent l’exploitation de ses gisements gaziers et pétroliers. Entre palais blancs et ballon rond, quelle est la réalité des accusations de corruption et de terrorisme auxquelles doit faire face la famille royale des Al Thani ?
D’une superficie comparable à l’Île-de-France, l’émirat du Qatar compte plus de deux millions d’habitants dont la moitié réside à Doha. Située dans la péninsule arabique sur la côte du Golfe persique, cette pétromonarchie est entourée par les royaumes voisins du Bahreïn, de l’Arabie Saoudite, des Émirats Arabes Unis et de l’Iran sur l’autre flanc du Golfe. Ce sont les Britanniques qui s’y sont taillés la part du lion au cours du XIXe siècle en séparant ce petit État – aux frontières peu délimitées, dominé tour à tour par les perses et les Ottomans – de son expansionniste et futur voisin le Bahreïn.
Un État créé par le britanniques
Le Qatar était traditionnellement composé de tribus nomades qui, au cours des différents siècles, se sont combattues les unes et les autres pour la possession des terres les plus riches. La découverte de pétrole en 1939 va changer le visage du Qatar, considéré dès lors comme un point intermédiaire stratégique. C’est à cette époque que la famille Al Thani est imposée par les Anglais sur le trône car ils en appréciaient sa docilité. S’imposant peu à peu comme le quatrième producteur mondial, c’est en 1971 que l’émirat obtient son indépendance. Trois ans après, les sociétés de pétrole et de gaz du pays, encore aux mains des Européens, étaient nationalisées. Le début d’une nette transformation de la société qatarie aux accents encore traditionalistes.
Aujourd’hui c’est (entre autres) 22 % des exportations de son pétrole brut qui sont acheminées vers l’Europe. Ce qui permet au Qatar de pouvoir se targuer d’être le troisième PIB mondial le plus élevé derrière les monarchies du Luxembourg et de la Norvège. Univers de luxe pour stars et milliardaires, ce « bling bling » assumé tranche singulièrement avec le conservatisme qui règne discrètement dans les couloirs des nombreux palais de la famille royale Al Thani et dont l’histoire a été marquée par de nombreuses révolutions de palais[1].
Le nouveau dirigeant de l’émirat du Qatar, Tamin Al Thani, est un businessman affirmé qui entend s’imposer sur la scène internationale non sans une certaine ingérence de fait dans les affaires politiques des pays où il investit.
« Les Français sont les plus faciles à acheter ! »
Depuis le coup d’État de 1995, les échanges entre la Ve République et la pétromonarchie n’ont eu de cesse de se multiplier au profit de la seconde. Avec des accords en tout genre négociés sous la présidence de Jacques Chirac, le Qatar a commencé à s’impliquer, avec mesure, dans les arcanes de la vie politique française. De ses accointances avec l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin (à qui la seconde épouse du roi, la « belle et islamiquement moderne Cheikha Moazh », confia sa fille lors de son inscription à Science Po) à l’ancienne ministre Ségolène Royal (alors candidate des primaires du Parti socialiste en 2008, « reçue en grandes pompe » à l’ambassade parisienne de l’émirat), le Sheikh Tamim ben Hamad Al Thani a lui-même reçu les honneurs du palais de l’Elysée avec le Président Nicolas Sarkozy qui lui a remis ni plus ni moins que la Légion d’honneur.
« La famille royale a accumulé à l’étranger une fortune estimée à plus cinq milliards d’euros d’actifs. Et ce serait sans compter des pouvoirs acquis au sein des conseils d’administrations dans des groupes tels que Vivendi, Orange, Cegelec, Lagardère, Véolia… »
Entre les deux hommes, une passion commune : le football. Et l’émir lorgne sur le club du Paris Saint-Germain alors en déficit. Nicolas Sarkozy fera pression sur le propriétaire du club, Sébastien Bazin, afin qu’il laisse la branche sportive du fonds souverain de la Qatar Investement Authority, s’emparer de 70 % du capital du club qui devient alors l’un des plus actifs du marché. Un an plus tard, les 30 % restants étaient finalement cédés au Qatar. Les milieux de l’extrême-droite dénoncent alors des collusions entre le pouvoir et la pétromonarchie.
Et si l’émirat a acheté en toute discrétion un quartier d’affaires entier à Londres ou est entré dans le conseil d’administration du voiturier allemand Volkswagen, c’est une loi qui va être au centre des controverses en France. En 2008, une loi votée à l’Assemblée nationale exonère de charges fiscales l’émirat sur « les plus-values de ses investissements immobiliers » concernant tout le parc patrimonial français que le royaume sunnite s’est approprié progressivement. Du Royal Monceau au Majestic de Cannes, le Qatar s’est aussi offert un nombre d’hôtels particuliers dans la capitale française ou des immeubles anciens tels que celui qui abrite le journal Le Figaro ou celui du Printemps sur les Champs Elysées. La famille royale a ainsi accumulé à l’étranger une fortune estimée à plus cinq milliards d’euros d’actifs. Et ce serait sans compter des pouvoirs acquis au sein des conseils d’administrations dans des groupes tels que Vivendi, Orange, Cegelec, Lagardère ou Véolia.
De nombreuses ingérences pointées du doigt lors de la dernière campagne présidentielle par le candidat républicain Bruno Le Maire, qui avait promis que s’il était élu, il réexaminerait les liens entre la France et le Qatar. En effet, la monarchie du Golfe a été accusée par les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot dans leur livre-brûlot Nos Très chers émirs, « d’arroser copieusement les politiques français ». Un proche du père du souverain qatari ne s’était-il pas vanté que les « Français (étaient) les plus faciles à acheter » ?[2]
L’arrivée du brésilien Da Silva Santos Junior dit Neymar au PSG, à l’été 2017, pour un coût de 222 millions d’euros (soit à titre comparatif le prix d’un paquebot tel que le Seabourn Quest, quatre airbus ou encore une centaine de voitures de luxe), est-elle entachée de dessous financiers qui ne disent pas encore leur nom ? Au-delà de la somme astronomique déboursée par l’émirat pour ce Ballon d’or, le Qatar se paye également un coup de communication à grands frais en faveur du soft power de sa diplomatie quelque peu malmenée par ses voisins.
Prévoyant à court terme son « économie du futur » en en s’imposant comme un « partenaire privilégié du sport mondial », Paris est devenu la victime collatérale et involontaire d’un jeu d’échecs entre les différentes pétromonarchies du Golfe persique sous couvert d’une véritable opération de marketing à grande échelle.
David contre Goliath
La montée en puissance politico-économique du Qatar a irrité le voisin saoudien bien déterminé à vassaliser et isoler de la scène internationale ce pays aux ressources multiples. Avec l’aval des Américains, les Émirats Arabes Unis, l’Égypte, le royaume du Bahreïn et l’Arabie Saoudite ont rompu conjointement leurs relations diplomatiques avec le Qatar en juin dernier et lui ont imposé de fortes sanctions économiques et aériennes. Suite à cette annonce, la bourse de Doha a subitement dévissé faisant perdre au riyal qatari près de 8 % de sa cotation monétaire. Une décision qui a été saluée lors du sommet de Riyad par le Président Donald Trump comme « peut-être le début de la fin de l’horreur du terrorisme ». C’est une course au leadership qui a éclaté dans la péninsule arabique. Craignant de perdre le soutien des Etats-Unis, l’Arabie Saoudite a accusé son voisin d’actes de déstabilisation et de soutiens à des groupes terroristes armés avec au centre de cet échiquier complexe, tapis dans l’ombre, la république d’Iran. Cette dernière soutient une rébellion shiite qui a éclaté dans la province est du royaume saoudien et que l’armée peine à contenir. Les deux pays se livrent une guerre de facto mais indirecte au Yémen en armant les deux camps qui s’affrontent, monarchistes Houthis contre républicains fédéralistes.
Pour les Saoudiens, nul doute que le Qatar est partie prenante de cette affaire afin de s’arroger des droits de suprématie dans le Golfe. Et le roi Salman de dénoncer la violation par Doha des sanctions imposées par les différents émirats sur les exportations de gaz de la République islamique. Le Qatar a récemment décidé de lever ces sanctions et renouer une coopération gelée depuis douze ans avec les mollahs de Téhéran. L’appel téléphonique entre le roi Tamim Ben Hamad Al Thani et Hassan Rouhani, le président persan qui entame son deuxième mandat cette année, n’a pas été du goût du palais de Riyad. Tout comme celui-ci était particulièrement courroucé par le deal financier passé entre les milices armées shiites d’Irak et l’émirat qatari. Agissant sous couvert de négociations de libération de vingt-six otages qataris, dont certains princes de la maison royale, capturés alors qu’ils chassaient avec leurs faucons dans le désert du pays, Doha a versé plusieurs millions de dollars aux rebelles irakiens.
Cette lutte d’influence ne s’exerce pas seulement sur le terrain politique mais aussi dans l’espace médiatique. Fondée dans les années 1990, la chaîne d’information qatarie Al Jazeera couvre les ondes de 140 pays. Devenue incontournable depuis les événements du Printemps arabe[3], le traitement de l’actualité s’est peu à peu politisé ; la chaîne réclamant ouvertement la chute des dictatures dans les pays arabes, chasse-gardée de l’Arabie Saoudite pour qui le Qatar joue double-jeu. Médiateur dans de nombreux conflits, l’émirat s’est engagé dans le soutien à la rébellion armée contre le régime de Kadhafi en Libye aux côtés de l’OTAN ou encore en Syrie, notamment avec certains groupes modérés voire radicaux contre le régime de Bachar el-Assad. Ainsi, l’émirat n’a pas hésité à apporter son aide au Parti islamiste tunisien Ennahdha (son leader Rached Ghannouchi a effectué sa première visite internationale à… Doha) dans sa conquête du pouvoir ou aux Frères musulmans lors de la brève présidence de Mohamed Morsi entre 2012 et 2013. Une présidence qui s’est terminée par le coup d’État du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, lui-même soutenu par… l’Arabie saoudite. Ce qui permet au royaume wahhabite d’affirmer que le Qatar finance des organisations classées terroristes, d’autant que l’émirat a accueilli des cadres de la confrérie des Frères musulmans sur son sol.
Et bien que Doha soit membre de la coalition qui lutte contre les islamistes de l’État islamique du Levant (Daesh) et abrite une base militaire américaine de haute importance sur son sol, il y a peu encore un responsable américain de l’administration Obama se plaignait du peu de volonté de l’émirat à faire appliquer ses lois contre le financement d’organisations terroristes. Un combat de David contre Goliath à l’issue incertaine.
Des rumeurs de liens entre football français et terrorisme
« Le Qatar finance le PSG… et le terrorisme ». C’est avec une telle banderole que les Corses réunis dans le stade de Bastia ont accusé en 2015 l’émirat d’être à l’origine des attentats qui ont secoué Paris. Football français et terrorisme sont-ils alors liés comme le suppose le Front national ou le soupçonne la presse française ?
La crise politico-régionale qui a éclaté depuis la rupture des relations diplomatiques entre l’émirat et pas moins de quatorze pays menace désormais l’organisation de la Coupe du monde de football en 2022, obtenue dans des conditions douteuses par Doha. Le Parquet national financier français a ouvert en 2016 une enquête préliminaire afin de déterminer quelle est la part de responsabilité de certains cadres (dont l’ancien joueur français Michel Platini) de la Fédération internationale de football (FIFA) dans l’attribution de cette coupe à l’émirat. Des soupçons de corruption avaient rapidement été évoqués par certains pays qui avaient fait remarquer que « les températures caniculaires en été rendaient la pratique du football difficile voire impossible » dans cet émirat. « Si le Qatar a arraché l’organisation du Mondial 2022, c’est surtout à des fins géopolitiques » écrivait en 2011 le journaliste du Point Olivier Berretta[4].
Le Parquet national financier tente actuellement d’établir si l’argent de cette corruption n’aurait pas servi à financer des actes illégaux de terrorisme international. L’opposition était montée au créneau avec cette affaire réclamant des éclaircissements sur les liens supposés du Qatar avec le Front Al Nosra – cette branche armée d’Al Qaïda en Syrie « qui fait du bon boulot » dixit l’ancien ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius et que la France socialiste a armé dès le début du conflit, selon les confessions de François Hollande recueillies par Xavier Panon pour son livre Dans les coulisses de la diplomatie française de Sarkozy à Hollande[5].
Toutefois, Paris veille à ne pas trop froisser son allié qatari et aujourd’hui avec l’arrivée de Neymar au PSG, le gouvernement semble bien peu se soucier des accusations qui pèsent sur l’émirat à la vue des 130 millions par an que devrait lui rapporter le joueur (qui ne sera pas soumis à l’Impôt sur la fortune conformément à la loi de 2008) désormais citoyen de la capitale française. Et c’est sans compter les recettes sur la TVA engendrées par les ventes de goodies aux aficionados du ballon rond qui peineront, comme les clubs amateurs ou nationaux, à bénéficier directement de cette manne financière. Et aux mauvaises langues qui affirment que l’argent du football servirait à payer en sous-main un quelconque terrorisme d’État, les dirigeants du PSG se sont offusqués, il y a peu encore, de telles rumeurs distillées dans la presse nationale. Non sans s’inquiéter de l’annulation de la future Coupe du Monde de Football 2022 si la crise politique devait perdurer et dégénérer en conflit ouvert. D’ailleurs, certains analystes évoquent la possibilité à long terme d’une vente du PSG par l’émirat si le club n’arrive pas à colmater ses dettes internes et produire un football de qualité.
Afin d’éviter toute polémique, le gouvernement du Président Emmanuel Macron s’est empressé de clarifier la situation : « il n’y a pas (eu) de contrepartie négociée. Évidemment ils font un choix de marketing mais c’est un pays qui fait sa promotion » a déclaré le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner tout en rappelant que « la France n’a pas à se méfier de tel ou tel pays ». On est désormais loin de la promesse de campagne d’Emmanuel Macron qui avait pourtant affirmé de manière tonitruante, qu’une fois assis sur le strapontin suprême, il entendait « mettre fin en France aux accords qui favoris(ai)ent le Qatar », reprochant à Nicolas Sarkozy « d’avoir été trop complaisant à l’égard de Doha » en particulier.
La Ve République inféodée à l’émirat ?
Le gouvernement d’Emmanuel Macron a d’ailleurs fait le choix de se placer dans la même ligne que ses prédécesseurs et tente de jouer en sous-main les médiateurs dans la crise qui secoue le Golfe persique. Le 13 juin dernier, le dirigeant français s’est entretenu conjointement au téléphone avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et l’émir du Qatar (les deux pays ayant signé un accord de défense mutuelle). Une activité intense de la diplomatie française confirmée par le ministre des Affaires étrangères de l’émirat, cheikh Mohammad ben Abdel Rahman al-Thani (reçu par son homologue Jean-Yves Le Drian), qui a révélé que la monarchie sunnite avait prié Paris (en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies) d’intervenir auprès des saoudiens.
Un prêté pour un rendu quand on sait que Nicolas Sarkozy avait fait appel à Doha afin qu’elle intervienne pour convaincre avec succès Mu’ammar Kadhafi de libérer les infirmières bulgares arrêtées à Tripoli. Et c’est encore le Qatar qui a fait signer un accord en 2009 entre le Soudan et le Tchad à la satisfaction de la France qui considère le régime de Ndjamena comme un allié de poids qui lui garantit un maintien de sa présence militaire sur le continent africain. Parallèlement, l’émirat a conclu récemment des contrats en milliards de dollars avec les États-Unis et l’Italie pour l’achat d’avions de combat (y compris un contrat du même type signé sous le quinquennat de François Hollande en 2013) et de navires de guerre. Navigant entre spéculations et rumeurs d’affrontements militaires à venir sur fond de néo-guerre froide et de tensions religieuses, certains experts politiques remettent néanmoins en question les supposés liens de l’émirat avec des groupes terroristes, évoquant plus des financements privés d’individus non liés à la famille royale mais qui se cacheraient derrière elle afin d’exercer leurs activités en toute impunité. « Il n’est pas possible d’accuser le Qatar en tant qu’État, que gouvernement, de financer directement le terrorisme, comme l’organisation de l’État islamique » martelait dans un entretien Alain Rodier, directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement. « Je suis catégorique : il n’y a pas de lien direct entre les deux aujourd’hui. L’argent provenant du Qatar a pu se retrouver dans les poches de Daesh par des voies détournées. »
Y voir un lien de cause à effet suppose de franchir une frontière, ce que beaucoup ont d‘ores et déjà fait en démontrant des liens établis et avérés entre les Al Thani et certains cadres d’Al Qaïda. Un des frères du roi n’a-t-il pas été vu en train de faire le djihad en Afghanistan aux côtés des talibans d’Oussama Ben Laden ? Ce dernier, cerveau des attentats du 11 septembre 2001, qualifiait publiquement l’émirat « comme un pays de passage et non d’attaque », selon les journalistes Chesnot et Malbrunot dans leur ouvrage précité. Et que dire de cette livraison d’aide humanitaire et de fonds par le Croissant rouge qatari dans le nord Mali et qui avait été confiée étrangement aux groupes djihadistes tel qu’Aqmi ou Mujao qui ne cachent pas leur volonté d’imposer un califat dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest… Une question pour laquelle la sénatrice communiste Michelle Demessine avait alors apostrophé le gouvernement de Jean-Marc Ayrault sans en obtenir de réponses. Des interrogations balayées par Alain Chouet, ex-chef du service de renseignement de sécurité de la même maison qui assurait ceci à l’hebdomadaire Jeune Afrique pour seule réponse : « Nous n’avons pas de preuves d’un soutien financier du Qatar à ces différents groupes et vous n’en trouverez pas mais tout le monde en est à peu près convaincu. »
Le Qatar, qui tente plus que jamais de se désenclaver de ce boycott inédit dans l’histoire du Golfe, rappelle que le royaume des Ibn Saoud, plongé dans une crise de succession, est aussi soupçonné de financer certaines activités de Daesh afin de s’emparer d’un califat dont ils estiment être les seuls détenteurs depuis leur prise de la Mecque en 1924.
Dans ce vaste jeu de quilles de « Clubs Med’s terroristes », Paris pourrait bien être contraint à faire un choix stratégique loin de toute la magie du ballon rond. Un retrait de soutien politique qui pourrait faire disparaître la manne financière que représente le joueur Neymar adulé dans les banlieues françaises qui, sous les quinquennats Sarkozy et de Hollande, ont bénéficié d’une dotation de 100 millions d’euros par le Qatar. Un altruisme dont le véritable enjeu est de damer le pion à l’Arabie Saoudite dont certaines notions salafistes communes étaient jusqu’ici populaires dans certaines mosquées de France et de Navarre où « la ferveur religieuse et le bigotisme compens(ai)ent le chômage, où le repli identitaire se nourri(ssai)t de l’exclusion sociale et où la foi (était) au-dessus de la loi »[6].
Autant fascinant que détesté, le Qatar mène aujourd’hui une politique qui le propulse vers un terrain miné dont il pourrait perdre tout sens de l’équilibre. Entre fantasme et réalité de l’exercice du pouvoir, son dirigeant, l’ambitieux Sheikh Tamim ben Hamad Al Thani prend le risque d’entraîner la péninsule arabique dans un violent conflit hégémonique qui ferait craindre la résurgence de mouvements satellitaires islamiques, endormis et affiliés à Daesh. Les joies et enjeux financiers du monde du football valent-ils ce risque aujourd’hui ?
Notes :
[1] Le roi Ahmad ben Ali Al Thani a été renversé en février 1972 par son cousin Khalifa ben Hamad Al Thani, lui-même destitué par son fils Hamad le 25 juin 1995 avant qu’il n’abdique en faveur de son propre fils et actuel souverain depuis 2013, le prince Tamim ben Hamad Al Thani.
[2] Christian Chesnot et Georges Malbrunot, Nos Très chers amis, Michel Lafon, 2016.
[3] L’émirat, épargné, est fièrement intervenu militairement pour secourir le roi du Bahreïn menacé par une révolution.
[4] Olivier Berretta, « Al-Thani, l’émir qui rachète la France », lepoint.fr, 30 juin 2011.
[5] Xavier Panon, Dans les coulisses de la diplomatie française de Sarkozy à Hollande, Archipel, 2015.
[6] Mezri Haddad, « Le Qatar investit dans les banlieues : une tactique pour étendre le néo-wahhabisme », nouvelobs.com, 10 octobre 2012.

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