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QUAND L’EUROPE, LE PAPE ET L’ÉGLISE SE TROMPAIENT, DÉJÀ, SUR LA « SÉCURITÉ NATIONALE »

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Vu sur : Boulevard Voltaire, écrit par : Pascal Célérier
Si aujourd’hui , le Pape croit être conforme aux Evangiles en prônant l’accueil sans conditions des réfugiés , en plaçant la sécurité personnelle au dessus de celle des nations, sans doute manque-t’il cruellement à la première vertu cardinale de l’Eglise catholique dont il est le chef: La vertu de prudence.
L’histoire montre que le Vatican n’en n’est pas à sa première bourde en matière d’analyse politique, et sans remonter très loin, l’avant guerre de 40 en est une belle illustration.

 

Il y a 90 ans, le 1er janvier 1927, à l’Élysée, le président de la République, Gaston Doumergue, écoute avec satisfaction la déclaration du nonce, favorable à l’esprit pacifiste et au désarmement inspirés par les accords de Locarno, en 1925, que le pape Pie XI a salués. Un an avant, le même nonce, le cardinal Cerretti, avait exalté « l’œuvre magnifique de Locarno » et parlé d’« esprit nouveau ».
La République française et le Saint-Siège, qui sortaient d’un douloureux conflit initié par le Cartel des gauches et Édouard Herriot (qui avait rallumé la guerre scolaire, voulait supprimer l’ambassade de France et abolir le Concordat en Alsace-Lorraine en 1925), se retrouvaient presque main dans la main pour communier dans la politique pacifiste d’Aristide Briand, l’inamovible ministre des Affaires étrangères de 1926 à 1932, et prix Nobel de la paix en 1926.
A l’unisson de la papauté et de la République, les Français célébrèrent en chanson cet « esprit nouveau » : « Locarno, Locarno, tout est beau ! »
Cependant, cette adhésion du pape Pie XI, qui ne dura que le temps de cet « esprit nouveau » troubla « L’observateur », cet éditorialiste qui rédigeait chaque semaine une chronique intitulée : « Doit-on le dire ? »
« Plus de chassepots, plus de violence, et même plus de frontières : l’Église est dans son rôle lorsque ses représentants prêchent aux peuples et aux chefs d’États la pacification et le désarmement. Seulement, quand l’Église, au lieu d’avoir pour domaine un palais romain protégé par la police de Sa Majesté le roi d’Italie, comme de nos jours, était elle-même un État qui avait un territoire, elle devait aussi le défendre et, pour le défendre, se servir de l’épée.
Je me demande si le pape n’est pas trop loin des contingences de ce monde depuis qu’il a cessé d’être un souverain temporel. Et peut-être, jadis, en lui donnant à gouverner un morceau de terre, Pépin le Bref s’était-il dit : « Comme cela, le Saint-Père verra que ce n’est pas si facile de faire régner entre les hommes la paix et l’amour. » 2 »
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Jacques Bainville, cet historien qui fut le saisissant prophète qui avait prédit, dès son éditorial du 14 novembre 1918, le dangereux avènement en Allemagne d’une « république sociale-nationale […] expansionniste », avait aussi pointé, avec la même lucidité prémonitoire, les illusions pacifistes de Locarno qui avaient habité bien des dirigeants français et européens, mais aussi les nonciatures, et jusqu’au pape Pie XI. Et cet esprit de Locarno, dont l’ultime avatar fut l’esprit munichois dix ans plus tard, pesa lourd dans l’inaction et l’apathie des démocraties face au nazisme.
Derrière l’humour de Bainville se profilait le drame. Et le drame survint.
Aujourd’hui, après les propos du pape François, si nous remplaçons « pacification » et « désarmement » par « la sécurité personnelle » des migrants qui devrait passer « avant la sécurité nationale », on ne peut qu’être frappé par la pertinence des formules de Bainville sur la papauté et le parallèle des situations.
Mais quand nos pays d’Europe, si jamais ils persistaient dans cet angélisme tout aussi déraisonnable en 1927 qu’en 2017, auront été ensanglantés par des dizaines d’attentats comme ceux du Bataclan et de Barcelone, dont plus personne ne conteste le lien avec l’immigration et l’islamisation, aurons-nous encore l’humour de Bainville qui, lui, ne vit pas la catastrophe qu’il avait pressentie et contre laquelle il avait inlassablement mis en garde ses contemporains ?
Alors, aujourd’hui, quand le pape et l’Église se fourvoient, « on doit le dire ». Surtout si on essaie d’être un catholique lucide qui s’interdit de confondre obéissance au magistère et examen rationnel des positions politiques du pape.
Notes:
Pour une analyse de fond de l’évolution de la pensée de Pie XI : Jean-Dominique Durand, « Pie XI, la paix et la construction d’un ordre international », in Achille Ratti pape Pie XI, Actes du colloque de Rome (15-18 mars 1989) Publications de l’École française de Rome Année 1996 Volume 223 Numéro 1 pp. 873-892. Par ailleurs, tout le volume est une mine d’informations sur Pie XI, le nonce Cerretti et sur cette période. ↩
Jacques Bainville, Doit-on le dire ? Les Belles Lettres, 2015, p. 142

 

 

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