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Un peu d’économie simplifiée pendant les vacances (pour qui en prend)

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Article du Réveil Français , écrit par : Henri Temple, ex professeur de droit économique à l’Université de Montpellier, expert international, avocat Philosophe

 

Henri Temple
Si nos contemporains se détournent -bien à tort- de la chose économique, c’est que celle-ci leur est présentée trop souvent de façon assommante par des  »experts », qui dissèquent l’instant financier en oubliant essentiel. Ces Diafoirus étalent leur parisienne et télévisuelle technicité, fouillent les détails, s’y perdent eux-mêmes.
Puis, souvent sans lien avec ce qu’ils ont longuement développé auparavant, parlant vite et avec assurance, chiffres et sigles à l’appui, ils consentent à reconnaître qu’il faut réduire le chômage…Sans pour autant dire comment s’y prendre ou, parfois, en assurant simplement qu’il suffirait de réduire les déficits budgétaires et les prélèvements obligatoires pour rétablir la  »compétitivité française ». N’y a t-il pas, au passage, une contradiction entre réduire les déficits et réduire les prélèvements?
Je propose aux lecteurs estivaux de méditer par eux mêmes les quelques informations et réflexions simplifiées par la chaleur, qui suivent.
1 Comment se fait-il que, la plupart du temps, dans les gros traités d’économie, ni l’économie ni sa finalité n’y soient définies ? Comment peut-on pratiquer une science dépourvue d’objectifs ?
2 Pourquoi la distinction, voire l’opposition que chacun ressent sans savoir l’exprimer, entre finance et économie réelle est-elle si peu débattue, avec les conséquences que cela entraînerait nécessairement ? Le citoyen moyen finit par céder aux discours matraqués (notamment à la radio et dans les hebdomadaires) sur inéluctabilité de la finance, voire le prestige et les bons retours économiques qu’il y aurait pour la place de Paris à suborner les banques de la City, après le Brexit.
3 Et d’ailleurs l’affirmation antique d’Aristote selon laquelle la finance (krématistikê) ne fait pas partie de l’économie (oekonomikê), voire n’a rien à y faire puisque  »l’argent ne fait pas de d’argent », n’est plus jamais au centre des débats alors que le prêt à intérêts (ou au moins l’usure) fut prohibé longtemps par le christianisme et l’est encore par l’islam. Pire, on l’a vu aux USA durant la crise des subprimes, il existe une quasi totale liberté et impunité pour la finance et la bourse ; 40 millions d’Américains perdirent leur maison puisque le système impitoyable avait autorisé les placements et emprunts par téléphone, les taux variables, l’usure (jusqu’à 120 %…) (J-E.Stiglitz, Le triomphe de la cupidité, 2010, éditions Les Liens qui Libèrent), et les saisies immobilières ultra rapides.
4 Contrairement à une idée matraquée, le PIB français :
– est faussé par le fait qu’il intègre les revenus de la spéculation financière,
– est faussé par le fait qu’il est donné en valeur absolue alors que si on le rapporte à la population il est, en € constants, au même niveau qu’en 2005, et bien plus bas si on le corrige en lui appliquant la hausse des prix, importante de 2005 à 2012.
5 Quant aux vrais chiffres du chômage et des vies brisées : 6 567 000 privés d’emploi et travailleurs occasionnels officieux, toutes catégories confondues + 4 500 000 environ d’invisibles qui n’entrent pas ou plus dans ces catégories (source Agoravox). Un total de 10 millions de Français, auxquels on ajoutera les millions de travailleurs pauvres.
6 Il faut ajouter (coïncidence, cause, ou conséquence ?) la régression générale des moyens de production :
– disparition d’exploitations agricoles : la France compte aujourd’hui cinq fois moins d’exploitations qu’en 1955. Il en disparaît des milliers chaque année, concurrencées par les giga agro-entreprises est-allemandes, et leur main d’œuvre de travailleurs détachés ; victimes aussi de la politique de la France avec la Russie et de l’Euro fort.
– effondrement de la part de l’industrie dans le PIB : environ 30 % dans les années 80, 18 % en 2005, 12 % désormais …
Or, la tradition aristotélicienne est hostile à la finance et favorable aux activités de production, ce qui trouvera écho chez Maurice Allais et Joseph Stiglitz (2 Nobels d’économie), et chez leur prédécesseur, Friedrich List, économiste allemand (1789-1846), qui démontre magistralement l’évidence suivante :
 »Les causes de la richesse sont tout autre chose que la richesse elle-même. Un individu peut posséder de la richesse, c’est-à-dire des valeurs échangeables ; mais s’il n’est pas capable de produire plus de valeurs qu’il n’en consomme, il s’appauvrira. Un individu peut être pauvre, mais, s’il est en état de produire au-delà de sa consommation, il deviendra riche.
Le pouvoir de créer des richesses est donc infiniment plus important que la richesse elle-même ; il garantit non seulement la possession et l’accroissement du bien déjà acquis, mais encore le rétablissement de celui qu’on a perdu. S’il en est ainsi des simples particuliers, c’est plus vrai encore des nations, qui ne peuvent pas vivre de rentes. » (Le Système national d’économie politique, ouvrage majeur publié en 1841 ; Gallimard, 1998). List dénomme cette idée comme celle  »des forces productives »
7 Alors que faire ? Et comment ?
D’après List, les entreprises nationales ne peuvent pas se développer si le marché est déjà occupé ou envahi par les produits moins chers d’entreprises étrangères. Son « protectionnisme éducateur » a pour objectif de « protéger sur le moyen terme le marché national afin de permettre sur le long terme un libre échange qui ne soit pas à sens unique ». Sa théorie concerne ainsi particulièrement les pays en voie de développement ou en voie de sous développement comme la France ?
Tant que les politiciens, marionnettes ou robots fabriqués par le système, ne seront pas capables de tirer les conséquences des évidences qui précèdent, et persisteront à prétendre donner des solutions budgétaires et fiscales à un mal économique, la France se dirigera aveuglément vers une explosion multidimensionnelle. Rien ne réussira sans un minimum de défense de l’intérêt national (tous les pays le font).
Et l’Allemagne, objectera-t-on ? D’abord elle ne va pas si bien socialement. Ensuite elle a été plus avisée lors du passage à l’Euro en choisissant une parité mark/euro plus adaptée que celle du franc (6,56), artificiellement fort pendant les 10 ans précédents ; ce qui détruit petit à petit notre tissu économique pris au piège; elle avait aussi adopté les lois Hartz (1 à 3) sur le chômage, et la TVA sociale que J-L. Borloo, éphémère ministre de l’économie, avait été incapable d’expliquer lors de son face à face pathétique avec L.Fabius.
Son potentiel industriel, ses choix agricoles, énergétiques, diplomatiques, militaires ne sont pas les mêmes que ceux de la France. Faut-il pour autant essayer de la singer? Ou simplement et légitimement défendre notre économie et nos valeurs ? Doit on obligatoirement suivre le chemin de croix des Grecs, et vivre comme des Allemands ou des Chinois. Ou bien, par l’effet de notre refus de soumission, renverser le paradigme et les inviter à vivre comme nous jadis, dès lors qu’ils pourront moins facilement exporter vers la France ? Et si les philosophies de l’économie et de la vie l’emportaient sur cet emballement fou de ce monde où nous ne vivrons qu’une fois?

 

 

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