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Lettre ouverte à M.le Ministre de l’Instruction nationale

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Article du Réveil Français , écrit par : Henri Temple, ex professeur de droit économique à l’Université de Montpellier, expert international, avocat Philosophe

 

M. Le Ministre, Cher Collègue,
Je lis vos propos dans l’hebdomadaire Valeurs actuelles de la semaine passée. Les quelques compliments que je vous ferai à leur sujet ne signifient pas que j’approuve cette présidence incongrue mais n’implique pas non plus que je désavoue par avance le fait d’avoir accepté de tenter de faire revivre l’école de la République que visiblement vous aimez. Comme moi d’ailleurs.
Vous souvenant sans doute de ce qu’ Aristote attendait de l’école (les fameuses paidèia hellènes qui ont duré 20 siècles), vous avez souhaité que la rentrée se fasse en musique, sollicitant quelques rares chorales scolaires ou autres. Oui, vous avez eu raison car le chant permet à la fois d’expulser un éventuel trop plein, mais aussi d’apprendre la discipline corporelle et collective, de découvrir des nuances insoupçonnées et de faire bloc avec sa classe. Aristote, sans doute la plus grande intelligence de tous les temps, ajoutait à la musique la sémantique, la logique, la rhétorique, l’histoire et la gymnastique. Et surtout pas de spécialisation ou professionnalisation trop hâtive.
L’école est empoisonnée par des dérives dogmatiques insensées, imposées, depuis 40 ans par des personnes incultes et prétentieuses, tentées par un  »déconstructivisme » sans issue. Vous voulez donc reconstruire. A mettre au crédit que l’on vous fera immédiatement, vous insistez à fort juste titre sur la maîtrise de la lecture sans laquelle l’enfant sera handicapé et proscrit toute sa vie. Vous rétablissez les classes  »bilangues » mais seulement « autant que vous le pouviez, le latin et le grec ». J’aurais préféré l’inverse car le latin ou le grec- qui devraient pouvoir être choisis indépendamment l’un de l’autre- ne sont pas des formations utilitaristes comme les  »bilangues », mais des gymnastiques intellectuelles plus remarquables que les envahissantes et sèches mathématiques, formant à l’esprit de finesse, et ouvrant l’accès aux racines, à la culture et à l’histoire de l’Europe. Vous voulez rétablir un lien de confiance entre les enseignants, leur administration et les familles: qui pourrait le regretter ? Sans trop insister (on vous jugera sur pièce) vous dites encore vouloir faire appliquer la loi dans l’école et à ses portes. Serez vous suivi par la justice ?
Vous désirez porter les élèves vers l’excellence et en faire des êtres humains accomplis. Toutefois il faut s’entendre sur le sens des mots. Car vous ne faites qu’effleurer bien des sujets très sensibles et, aux questions abruptes du journaliste, on vous sent très prudent. Voire réticent.
Or la question majeure qui se pose est celle de la finalité de l’école, c’est à dire ce que deviendront les écoliers après la sixième puis après le Bac ; puis dans la Cité. Quels êtres humains ayant épanouis leurs dons, quels travailleurs, et quels citoyens ?
Je vous pose alors trois questions, vous fais une suggestion, avant de m’interroger sur le devenir de nos sociétés.
Les trois questions ont trait à l’apprentissage des outils de la pensée (sémantique, logique); à notre vraie et belle histoire de France dont la jeunesse hérite et qu’elle portera; et à la compréhension du monde et de la France où notre jeunesse vit et vivra. Car c’est ainsi – et ainsi seulement – que nos enfants sauront maîtriser le raisonnement et le discours écrit ou oral, leur sens critique, leur créativité, et leur aptitude à  »vivre ensemble » (comme disait Renan). Le socle de leur maturité personnelle et de l’harmonie sociologique. Peut être d’ailleurs y pensez-vous déjà, en secret, sachant que nos routines calcifiées et nos tensions culturelles vous rendront la tâche ardue.
La suggestion serait de placer le Bac à la fin de la première (foin des normes bruxelloise sur les cursus). La terminale ne sert plus à grand-chose, on y maintient en vain des élèves souvent trop âgés pour finalement leur donner un bac devenu bien plus la sanction de la fin du secondaire qu’un sésame pour l’université. Car vous ne parlez pas du mur de béton sélectif contre lequel 50 % de la jeunesse va broyer ses illusions au cours du premier cycle de fac…Entre le Secondaire et le Supérieur créez donc des cycles d’auto évaluation et d’auto orientation de deux ans, en fonction des matières, des aptitudes, de la longueur des études, de leur caractère plus ou moins théorique. Ce mur est un gaspillage insensé de moyens humains et financiers dans le Supérieur (au détriment de la recherche) et provoque de graves fêlures à ceux qui sont victimes de notre irresponsabilité. Attention : votre président a laissé entendre qu’il voudrait rétablir une sélection à l’entrée de l’Université. C’est un sujet explosif, et donc qui explosera.
Enfin, mais vous n’y pouvez rien, se pose l’odieuse question des inégalités qui sont désormais devenues des injustices. Car ce monde ubérisé et de diplômés chômeurs ou de travailleurs pauvres qui attend les enfants de la République, où seuls les riches et les pistonnés auront droit au bonheur minimum, pourrait ne faire apparaître l’école idéale que comme l’antichambre du cauchemar planifié par le financiarisme et le mondialisme.
Égayez votre journée.

 

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