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Maurras, de Gaulle et Les Républicains

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Lettre ouverte à Madame Pécresse, présidente du conseil régional d’Île-de-France

 

Article du Réveil Français , écrit par : François Marcilhac

 

Lettre ouverte à Madame Pécresse, présidente du conseil régional
d’Île-de-France, selon laquelle « ce qui fait la force d’âme de la droite » serait « d’avoir toujours préféré Charles de Gaulle à Charles Maurras ».
Chère Madame Pécresse, vous cherchez à exister : comment vous en vouloir à un moment ou cela semble si difficile dans votre formation politique ? En même temps, le fait d’avoir perdu des élections réputées imperdables ouvre la boîte de Pandore de toutes les ambitions. Chez Les Républicains, depuis les primaires de décembre dernier, c’est un peu comme à Rome l’année des quatre empereurs après la chute de Néron : c’est à qui se croira un destin national et trouvera des militants suffisamment désemparés pour penser à vous. Nul ne sait si Wauquiez, dont l’élection est, elle aussi, réputée imperdable – il devrait se méfier – mettra tout le monde d’accord en décembre prochain en jouant le rôle de Vespasien, ou si, au contraire, son arrivée à la tête des Républicains ouvrira une ère de fragmentation de sa famille politique. Laquelle, au fait ?
Alors que Mitterrand avait réduit à rien le Parti communiste en lui donnant le baiser de la mort que fut l’Union de la gauche, la droite parlementaire préféra, elle, pour se débarrasser d’un centre empêcheur de tourner en rond, l’intégrer dans une grande formation fourre-tout. Il fallait éviter que 1974 ne se reproduise, le traître Chirac craignant d’être trahi à son tour. C’est pourquoi l’UMP puis Les Républicains ne furent que des machines électorales qui fonctionnèrent tant que la victoire était à portée de main ou qu’il s’agissait de s’en partager les dividendes. Seulement, c’est la droite qui, ayant perdu toute cohérence doctrinale, se laissa manger par une idéologie libérale qui tournait le dos au gaullisme.
Aujourd’hui, après avoir laissé à la gauche l’autorité morale et s’être vautrée, tant dans un libéralisme europhile contraire à toute son histoire – en tout cas au gaullisme – que dans le sociétalisme le plus rampant, la droite ne cesse plus de payer le prix de son affaissement idéologique et de sa soumission au progressisme. Ce que Wauquiez, pourtant porté sur les fonts baptismaux par le centriste Jacques Barrot, semble avoir compris, apparemment pour y remédier. Ce que les Constructifs, c’est-à-dire les centristes ont, eux aussi, compris, mais pour reprendre leur liberté d’avant 2002. Quant au centre-gauche, avec le Modem, il a rejoint son lieu propre, le macronisme, héritage du « Marais ».
Un bon Charles contre un mauvais ?
Votre espoir, à vous, c’est d’apparaître comme celle qui ne se résout pas à la division et qui veut rassembler, envers et contre tout, en lançant sa propre formation, Libres ! – ce qui a un petit air PSU (Parti socialiste unifié) qui ne manque pas de sel : c’est toujours pour unir qu’on ajoute la division à la division. De votre point de vue, vous n’avez peut-être pas tout à fait tort. N’existe-t-il pas un espace politique à occuper entre la droite du centre et la gauche de la droite ? Et cet espace politique, ne mérite-t-il pas qu’on le place sous la protection du général de Gaulle ? De Gaulle est devenu un totem : il vaut toujours mieux l’avoir avec soi que contre soi. S’il ne rapporte plus rien, il ne vous coûte pas davantage. Même s’il peut paraître étrange de placer sous ce haut patronage la volonté de conserver son unité à une famille politique artificielle – « la droite et le centre » – qui ne la réalisa qu’à la condition, précisément, d’abandonner cette figure tutélaire…
Le plus drôle, c’est que vous vous croyez obligée, en sus, et pour bien marquer votre absence de toute compromission avec la Bête immonde, d’ajouter dimanche 10 septembre, au lancement de votre machin, que « ce qui fait la force d’âme de la droite, c’est d’avoir toujours [sic] préféré Charles de Gaulle à Charles Maurras ». « Toujours », voilà qui est osé, puisque ce toujours commence en 1789. Jadis, du moins, en mais 2012 – c’est déjà si loin !–, NKM avait déjà accusé Patrick Buisson de « vouloir faire gagner Maurras ». Sans originalité, vous sortez à votre tour le diable de sa boîte, pour suggérer de manière subliminale que Wauquiez parierait peut-être lui aussi sur le mauvais Charles…
Que faites-vous d’autre qu’opposer, par démagogie, ou ignorance, ou les deux à la fois, sur le plan des principes fondamentaux, deux personnages politiques du XXe siècle qui se sont avant tout affrontés sur le plan historique, ce qui, il est vrai, n’est pas rien mais ne saurait justifier la malveillance ou l’ignorance. Car, sans faire de De Gaulle un maurrassien, comment ignorer la dette qu’il devait à Maurras et à l’Action française, dans le bain culturel de laquelle il fut élevé ? Péguy, Barrès ? Bien sûr, mais Maurras également : sa critique du régime d’assemblée, son rejet de l’impuissance d’un État livré aux partis et aux puissances d’argent et sa volonté de redonner à la France, par un parlementarisme raisonné, un exécutif suffisamment fort et indépendant pour être capable d’avoir de nouveau une politique étrangère. Jusqu’à sa volonté de faire de la France le porte-parole des pays non alignés ! Toutes choses que « la droite et le centre » chers à votre cœur, une fois au pouvoir, ont reniés et combattues méthodiquement. Si Maastricht (1992) fit encore l’objet d’un débat au RPR, ce ne fut le cas, à l’UMP, ni de Lisbonne (2008), ni du retour dans l’OTAN (2009), ni du traité budgétaire (2011), la politique de la France se faisant de nouveau, c’est-à-dire comme sous la IVe, à la corbeille ou se décidant à Bruxelles ou à Berlin : quel bel héritage gaulliste !
Quand parut Kiel et Tanger, en 1910, de Gaulle avait vingt ans. Il n’oublia jamais la leçon. Pompidou n’était pas né, mais cita le livre en 1972 aux étudiants, alors cultivés, de Sciences Po. Aujourd’hui, les politiques invectivent. Cela leur évite d’avoir à agir selon des convictions. Mais en ciblant Maurras, c’est la politique d’indépendance de De Gaulle que vous visez. Celle qui était en accord avec le maître de l’Action français et dont votre famille politique de la « droite et du centre » a trahie méthodiquement l’héritage. C’est la figure de Lecanuet que vous devriez plutôt invoquer : lui ne subit jamais l’influence de Maurras.
François Marcilhac
Directeur éditorial de L’Action Française 2000

 

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