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L’introuvable Europe de la défense

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LIBRE OPINION de Bruno ALOMAR

 

Vu sur : La lettre de l’ASAF, écrit par : Bruno ALOMAR (Les Echos) Economiste auditeur de la 68ème session « Politique de défense » de l’IHEDN
Que ce soit dans le domaine de la défense ou d’en d’autres, l’Union européenne se traine lamentablement. les intérêts nationaux poussant à des alliances extra-européennes sont sur ce point très significatives de l’inefficacité de ce montage. Alors on pourra toujours nous citer le plan Erasmus qui fonctionne avec satisfaction, était il besoin de monter une telle usine à gaz pour envoyer des étudiants à l’étranger?

 

Avion de transport militaire A400M, brigade franco-allemande, Agence européenne de défense : le bilan de l’Europe est désastreux, mais les obstacles doivent inciter à l’humilité, au pragmatisme et à la détermination.
Le projet d’Europe de la défense, arlésienne depuis l’échec de la Communauté européenne de défense (CED), le 30 août 1954, est à nouveau à l’ordre du jour. Naturellement, les déclarations récentes des autorités suscitent le scepticisme. En matière de défense, le bilan récent de l’Europe est désastreux. Qu’on en juge. La brigade franco-allemande est un échec patent. L’avion A400M est un modèle de ce qu’il ne faut pas faire sur la gestion d’un grand programme d’armement. L’Agence européenne de défense est une coquille vide. Les atermoiements des uns et des autres quand il s’est agi pour la France de solliciter de ses partenaires un soutien logistique dans la guerre qu’elle livre dans la bande sahélo-saharienne ont laissé des traces. On pourrait continuer.
Des choix diamétralement opposés
La France, conformément à ses responsabilités géopolitiques, a un modèle d’armée complet, capable de mener des opérations à tous les niveaux du spectre (de l’expédition à la dissuasion nucléaire). L’Allemagne – comme toute l’Europe -, sourde au retour du tragique, ne se pense, elle, que comme une puissance civile, mue par les/ses seuls intérêts économiques. L’Allemagne a refusé quasiment toute intervention extérieure et s’est cantonnée à un modèle d’armée très guerre froide Cette différence fondamentale d’approche s’est illustrée de manière répétée. Ainsi, l’Allemagne a refusé quasiment toute intervention extérieure et s’est cantonnée à un modèle d’armée très « guerre froide ». Que l’on songe, dans le domaine de l’artillerie, au choix diamétralement opposé entre la France, qui a choisi l’artillerie sur châssis de camion pour disposer d’une plus grande maniabilité des terrains difficiles (Afrique, Moyen-Orient), et l’Allemagne, qui a conservé une pièce sur châssis blindé (le PzH 2000) typée guerre froide.
Domination américaine
A l’exception de la France, tous les pays européens, mis à part le Royaume-Uni, ont abdiqué leur sécurité ultime aux Etats-Unis. Cette réalité, qui déteint sur tout le projet européen, se constate à tous niveaux. L’aviation militaire en est un exemple éloquent. Les partenaires de premier niveau (Royaume-Uni, Italie) du F-35 américain ayant participé au développement de certaines parties de l’appareil, les crédits qui auraient pu être alloués à la conception d’un successeur à l’Eurofighter ont été siphonnés en amont. Il en résulte un vide générationnel en termes d’avion de combat européen.
Macron plaide pour un big-bang européen
Dans ce contexte, alors que les industriels réfléchissent à une version modernisée du Rafale, et malgré les déclarations récentes, l’Allemagne, qui devra bientôt moderniser sa flotte de Tornado, reste tentée d’acheter américain, voire y sera contrainte pour remplir la mission nucléaire de l’Otan, les Etats-Unis refusant l’intégration de leur bombe sur tout avion non américain. Ce serait renoncer à toute idée d’indépendance militaire aérienne européenne.
Atermoiements budgétaires
Troisièmement, coté français, l’annulation de 850 millions d’euros sur le budget 2017 illustre la relation difficile entre le pouvoir et les industriels qui, depuis trente ans, subissent des atermoiements budgétaires qui contraignent leur développement et leur compétitivité. Il reste que la Base industrielle et technologique de défense (BITD) est un maillon essentiel de notre outil défense, en même temps qu’une colonne vertébrale de notre industrie nationale en difficulté. Coté allemand, que l’on songe à l’évolution d’EADS, lorsqu’il s’agit d’industrie, l’on ne craint pas de revendiquer l’hégémonie. Dans un tel contexte, trouver des alliances durables au service d’un intérêt général européen industriel identifié pourrait relever de la gageure. Enfin, est-il besoin de rappeler qu’en l’absence de nation européenne pour longtemps, le maintien d’une capacité nucléaire nationale est une limite infranchissable à toute ambition européenne en matière de défense ?En définitive, si rien ne doit dissuader les Européens de réfléchir aux intérêts qu’ils partagent en matière de défense, les obstacles vers plus d’intégration sont immenses. Ils doivent inciter à l’humilité, au pragmatisme et à la détermination, plus qu’à la forfanterie et aux effets d’annonce.
Source de diffusion : www.asafrance.fr

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