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Quelques réflexions sauvages sur l’instruction française

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Libre propos d’Henri Temple

 

Article du Réveil Français , écrit par : Henri Temple, ex professeur de droit économique à l’Université de Montpellier, expert international, avocat Philosophe

 

Henri Temple
Il y a quelques semaines j’écrivais – ici même – une lettre ouverte, plutôt laudative, au Ministre de l’instruction nationale. Or voici qu’un certain Édouard Philippe (?) vient d’annoncer, deux mois après la rentrée, comment il voyait la rentrée universitaire. Plus de tirage au sort et …des cours de soutien pour certains. Un « oui si »; ou un «  »non si »?
Si sauvage est – comme barbare – un antonyme de civilisé ce n’est pas pour les mêmes raisons : le barbare n’utilise pas un langage compréhensible des civilisés (les Hellènes). Exemple: le discours administratif de l’éducation est barbare ! Je revendique donc ici, pour ces quelques lignes, être sauvage: étymologiquement celui qui habite la forêt (silva en latin), à la frontière de l’humanité et de l’animalité. Pourvu que ce soit avec la force sylvestre qui manque tant à nos pédagogues, ministres, penseurs, politiciens, enseignants et journalistes, auteurs de manuels… Sauvage comme l’animal non domestiqué, comme le libre loup face au chien du fabuliste, (v. La Pensée sauvage de Claude Lévi-Srtauss).
Il faut s’échapper. Échapper à la cage des discours convenus rabâchés sur l’école depuis 50 ans; avec des réformes qui toutes expliquent que  »avant ça ne marchait pas » mais qu’à présent – journalistes: décrivez, commentez, interviewez !-  »on a enfin trouvé les solutions ». Les solutions ? Mais encore faudrait-il avoir su d’abord poser les questions. En voici quelques unes que l’on ne pose que rarement, voire jamais. En tout cas pas simultanément, alors que le sujet multiforme exigerait une approche holistique.
Comment se fait-il, alors que le certificat d’études témoignait, il y a 60 ans, que l’élève savait (bien) lire, écrire, et compter, que des étudiants de première année, voire de deuxième, sont incapables de rédiger de façon structurée et compréhensible (sans même parler de l’orthographe)? (v. La fabrique du crétin, de Jean-Paul Brighelli).
Pourquoi donner le bac à tout le monde quand des dizaines de milliers de jeunes sont refusés par l’université, ou s’écrasent, désespérés,contre le mur infranchissable du premier cycle ? Pourquoi nos enfants diplômés quittent-ils la France, souvent désormais la rage au cœur, et sans désir d’y revenir ? Pourquoi ceux qui restent ont-ils un destin de chômeurs ou de travailleurs sur-diplômés sur des postes modestes ? Pourquoi notre caste dirigeante a-t-elle laissé crever notre industrie, ce miracle européen, qui a perdu plus d’un million et demi d’emplois, la part industrielle du PIB ayant diminué des 2/3 en 30 ans ? Pourquoi, alors que la France était une grande puissance agroalimentaire, un agriculteur se suicide tous les deux jours? Pourquoi : on manque de beurre, les fruits et légumes importés sont plus cancérigènes que la moyenne, on s’apprête à accueillir la viande canadienne et les tomates chinoises ? Pourquoi notre jeunesse est-elle conditionnée à servir un système économique de domination cupide (v. L’enseignement de l’ignorance de Jean Claude Michéa et Le triomphe de la cupidité du Nobel Stiglitz) ? Pourquoi les métiers utiles sont mal payés, et les occupations inutiles ou même nocives permettent d’acheter une Ferrari à 30 ans ? (v. Jérôme Kerviel, L’Engrenage : mémoires d’un trader). Pourquoi l’école n’enseigne-t-elle pas (comme les antiques paidéïa grecques) ce que recommandaient les sages de la plus grande civilisation de l’histoire: outre les matière de base, la philosophie pour tous et notamment la sémantique, la logique, la rhétorique (v. Comment sommes nous devenus si cons, d’Alain Bentolila) ? Voire la métaphysique. De façon à élever l’enfant à sa vraie nature d’homme et de citoyen autonome, doté de sa propre personnalité. Pourquoi considérer que tout écolier sera bachelier et que tout bachelier a droit à l’université? Pourquoi on ne voit pas que le faible rayonnement scientifique de nos universités est la conséquence de son épuisement humain et financier dû à la masse d’étudiants sans espoir fourvoyés dans l’impasse du premier cycle ?
Seule une révolution (pacifique) viendrait à bout de cette succession de fiascos. Puisqu’il ne me reste encore que six lignes sauvages : cours de sémantique, logique, et rhétorique dès la 6e; bac à la fin de la première, puis collège de 2 ans d’autoévaluation et auto orientation vers les cycles longs ou courts, théoriques ou pratiques (on remplace la terminale par les  »commençales »); interdiction des travailleurs détachés et des délocalisations; création par l’État de manufactures d’économie mixte là où les filière ont été détruites. Resserrement de la grille des salaires (1 à 30); compétence universelle du fisc français pour les gains exfiltrés de France, et taxation à la source; référendum d’initiative populaire et proportionnelle. Mais, chut : qui va écouter un sauvage en cet âge de barbarie ?

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