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Attaquer Wauquiez

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l’erreur archaïsante de Garello

 

Article du Réveil Français , écrit par : Henri Temple, ex professeur de droit économique à l’Université de Montpellier, expert international, avocat Philosophe

 

L’économiste Jacques Garello, publie dans Contrepoints, une tribune virulente contre Laurent Wauquiez ( Les 7 erreurs de Laurent Wauquiez sur France 2). Contrepoints est une lettre en ligne, d’obédience dogmatique ultra libérale, qui n’admet aucune position divergente, même simplement libérale équilibrée.
J. Garello est un adepte de l’école économique de Chicago. Ce groupe des années 35/70 eut un gourou : Milton Friedman et une idéologie celle du tout marché, tout libéral avec le moins d »’ingérence » possible de l’État. Une position schématique, figée à cette époque, dépourvue de la moindre nuance, ne tenant pas compte des récents changements de paradigmes planétaires, et couverte d’un monceau phraséologique pseudo savant. Une position qui fut à l’origine, via la Banque mondiale qui mettait en application cette idéologie, du désastre de la crise asiatique et des désordres dans le tiers monde (ajustements structurels)
La première erreur de Jacques Garello est son agressivité. A l’heure où les Français entrevoient avec angoisse l’hypothèse de la disparition de leur nation il est hautement irresponsable d’accroître le trouble et la division en stigmatisant le seul homme politique en position de porter une alternative :  »piètre économiste…ses valeurs ne sont pas libérales »; une trahison.
Quant aux jeu ironique des 7 erreurs il témoigne d’une grande ignorance des besoins de la nation française.
Pour J.Garello  »Le pire, c’est le normalien énarque philosophe et historien, qui ignore toujours les règles élémentaires de l’économie ». Non Garello, puisque on est dans l’attaque ad hominem: le pire c’est les marchands de soupe, matheux, dogmatiques, financiaristes, bruxello-mondialistes, économistes à gage de la grande entreprise mondialisée. Et totalement dépassés intellectuellement et humainement par de grands sujets politiques. Comme si l’économie était supérieure à la philosophie politique! Il aurait fallu commencer par définir la science économique (votre propre science !).
« Laurent Wauquiez a réellement tourné le dos au libéralisme. C’est ce qui sans doute lui a valu tant de sympathie puisque, dûment instruits et manipulés, les Français n’aiment pas la mondialisation, les milliards de profit des entreprises, la compétitivité allemande, l’Europe élargie. »
Outre le fait que Wauquiez ne semble pas avoir tellement attiré de sympathies (!), on note une absence de définition du  »libéralisme » et, si l’on comprend bien, les Français seraient  »manipulés » (qui détient les médias ?),  »n’aiment pas la mondialisation » (dont ils supportent l’appauvrissement, le chômage, la spéculation, les importations injustes et délétères), les  »milliards de profits des entreprises » (esquivant le fisc qui lui accable les citoyens) et sont partagés entre les super riches; et leurs larbins).
Voici le corrigé des 7 erreurs.
 » Il suffit d’énumérer quelques positions (rappelées en gras) qu’aucun libéral ne saurait accepter.
« 1. Écologie : la « droite » aurait abandonné l’écologie à la gauche.
« Il existe pourtant chez les libéraux une parade efficace consistant non seulement à dénoncer les « mensonges d’Al Gore, Nicolas Hulot et Emmanuel Macron sur l’avenir de la planète mais aussi à « défendre les biens environnementaux grâce à la propriété privée, personnelle ou plurielle. »
Faux, fumeux, creux : la propriété privée n’est pas un but, mais un moyen que la collectivité régule par le droit quant elle ne sert plus sa finalité : le bien commun (lire les juristes, notamment Josserand).  »Propriété privée plurielle » ? Expliquez : ne serait-ce pas votre socialisme abhorré ?
« 2. Travaillisme : la valeur économique de base est le travail, il doit être mieux rémunéré  »(maintenir le SMIC) et il faut reprendre la grande idée gaulliste de l’actionnariat et de la  »participation.
 »L’idée est celle du Conseil National de la Résistance, des communistes et des socialistes (Louis Vallon).  »L’opposition entre travail et capital, salariés et actionnaires est le corollaire du mythe de  »la lutte des classes et  »de la croissance des inégalités chère à Piketty qui estime que la croissance  »est confisquée par les plus riches  »des capitalistes.
Et c’est tout ? Il ne suffit pas de critiquer les historiens; il faut tenter soi même de faire, au moins un peu, d’histoire. L’idée de participation est une idée humaniste inspirée par le christianisme social, l’ Union de Fribourg, l’Encyclique Rerum novarum de 1891 qui constatait (déjà) la modification des rapports entre patrons et salariés et l’anxiété dans les rapports sociaux. Léon XIII condamnait déjà alors  »une situation d’infortune et de misère imméritée » des classes inférieures, ainsi que la concentration dans les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce, qui  »impose un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires ». Il faut lire mon cher collègue. Ou regarder autour de soi. D’autant que Léon XIII rejetait aussi les situations socialistes, et la suppression de la propriété.
 »3. Couple franco-allemand : les Allemands ne sont pas des concurrents loyaux, et ils ne sont en faveur de la  »mondialisation que parce qu’ils y sont gagnants. Mais le peuple allemand commence à réagir contre le libre échange cher à Angela Merkel.
 »En fait Angela Markel a confirmé à Davos son attachement au libre-échange, et les Allemands doivent leur  »compétitivité aux réformes Schroeder, à leurs privatisations et à leur structure fédérale ».
Les Allemands ne sont pas  »compétitifs » : ce sont leurs entreprises qui le sont grâce au socialiste Schröder (et non Schroeder); et à la TVA sociale que Borloo/Sarko ont été infichus de promouvoir. Et oui les Allemands – ce à quoi Garello ne répond pas – commencent à regimber. Pour les mêmes raisons que les Français. Quant à l’avenir de Merkel ?
 »5. Europe : la vraie Europe est celle de Jean Monnet, réduite à un petit nombre de pays, et organisée pour se  »défendre contre la concurrence des Anglo-saxons grâce à la « préférence communautaire ».
 »En réalité l’Europe a été constituée par le trio Adenauer, Gasperi, Schuman pour en finir avec les luttes  »fratricides de nations européennes qui puisent dans de communes racines chrétiennes.
 »L’élargissement de l’Europe n’aurait eu aucun désavantage si on en était resté à une zone de libre circulation, et  »la préférence communautaire n’a jamais concerné l’industrie et les services ».
Garello ne dit pas en quoi il s’agirait d’une  »erreur ». mais il en commet deux :- le socle idéologique de la démarche fédérale européenne a été théorisé par le Comte Richard Nikolaus Eijiro von Coudenhove-Kalergi (PanEuropa, Vienne, 1923), dont la statue trône au Parlement européen,
– oui, la préférence communautaire concernait aussi l’industrie (Art.3,b du Traité de Rome : » l’établissement d’un tarif douanier commun et d’une politique commer¬ciale commune envers les États tiers « ) jusqu’à sa subreptice suppression (Maastricht); dommage de la part d’un économiste; mais il est vrai que c’est du droit. D’ailleurs D. Trump vient de rappeler le droit (même aux économistes) en taxant de 30 à 50% des importations industrielles qui détruisaient l’industrie U.S (voir 6 ci-dessous)
 »6. Système social : il faut s’en féliciter, notre assurance santé est excellente, elle résulte d’un contrat social et républicain ».
Oups ! on a juste oublié de dire en quoi c’est la sixième  »erreur » !
 »7. Protectionnisme : il s’impose face à la mondialisation qui ruine les classes moyennes. Il faut faire preuve  »de patriotisme économique, privilégier les achats de produits français, et organiser la protection au niveau de  »l’Europe, ce qui implique d’en limiter le périmètre. La mondialisation crée des dommages sociaux qui  »entraînent le populisme.
 »Quels sont les « produits français » ou « européens » qui ne doivent rien au commerce mondial ? Les services  »(tourisme, santé, sport, culture, etc.) ? Les biens industriels (énergie, minerais, informatique, technique) ?  »Comment sont fabriqués les véhicules français achetés par la région Auvergne-Rhône-Alpes ? Faut-il renoncer à  »exporter le Saint-Nectaire, la fourme d’Ambert, le Reblochon, le vin des Côtes du Rhône ? Le populisme est la  »rançon de l’ignorance sur les bienfaits de la mondialisation, et l’État se présente comme le protecteur du peuple  »contre l’étranger.
Que d’étonnantes confusions…Il suffit de constater le solde positif ou négatif d’une mondialisation sans règles. D.Trump a entrepris de mettre des règles aux importations qui ruinent des filières entières de son industrie (électro ménager, panneaux solaires, alimentation, métaux). Et ces règles se traduisent par des Border Adjustment Taxes que les analystes pressés avaient cru oubliées ! Car la concurrence a pour but améliorer la vie des gens et des nations. Sinon…? Une industrie survit même si elle n’exporte pas. Mais elle meurt injustement si elle est confrontée à des prix abusivement bas, interdits et sanctionnés par le droit. Chaque nation a le droit de s’en préserver au plan international car elle a le devoir de le faire au plan interne.
Et les Français, les chômeurs, travailleurs pauvres, les enseignants personnels hospitaliers et gardiens de prisons, et les familles européennes, sont pour cela bien meilleurs économistes que M. Garello. Oekonomia : le fonctionnement de la maison; Xenophon et Aristote n’envisageaient que les problèmes pratiques liés à la réalité quotidienne de la famille et de la cité : une notion critique sempiternelle en ce qu’elle détermine le lieu d’une confrontation entre le réalisme et la justice. Justice ? Garello ne semble pas en avoir entendu parler. C’est comme ça que commencent les pires des révolutions : quand on méprise ceux qui souffrent injustement.
Garello conclut en disant de Wauquiez que son  »bilan intellectuel, même ambigu, est gravement négatif, et peu de libéraux y auront trouvé leur compte. Ce bilan pourra s’améliorer quand Laurent Wauquiez aura appris quelques rudiments de libéralisme. Un jour peut-être Laurent Wauquiez nous invitera au vote libéral : c’est la seule voie pour les Français et la France. »
Garello confond la cupidité sans freins des entreprises (v. Stiglitz, Le triomphe de la cupidité) et le libéralisme, qui n’est qu’un moyen et pas une fin. Les nations doivent démocratiquement surveiller l’emploi qui est fait de ce moyen et le canaliser quand il se dévie du bien commun harmonieusement et justement distribué, sa finalité. Garello veut du libéralisme total ? Qu’il rejoigne Macron.
L’Internationale ultra libérale est aussi dangereuse que l’Internationale socialiste dont elle a au fond les mêmes critères. Et les mêmes perdants : les nations et ceux qui en sont membres.

 

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