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Politique étrangère française

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Article du Réveil Français , écrit par : Henri Temple, ex professeur de droit économique à l’Université de Montpellier, expert international, avocat Philosophe

 

Alors que la situation internationale connaît, depuis une trentaine d’années des bouleversements considérables, faits pour durer, il n’existe à ce jour en France, hélas, que 3 sortes de commentateurs de la politique étrangère française.
Les plus futiles se bornent à décrire le nombre de pays visités par E.Macron et les distances parcourues. Et il est vrai que E.Macron semble se distraire frénétiquement de ces déplacements ou de ces signes extérieurs de diplomatie que sont les rencontres à l’Élysée ou à Versailles. Parfois on observe avec curiosité des fautes de goût incroyables en particulier en Afrique, au Burkina et, récemment, en posant au Sénégal avec une chanteuse de variétés (Rihanna) qui a provoqué des manifestations d’hostilité. On a recours à des locution toutes prêtes pour ça, qui évitent d’avoir à réfléchir : ce  »très jeune président »  »casse les codes ». Il  »renouvelle le style ».
Il y a les thuriféraires qui notent que notre élyséen personnage tutoie les grands de ce monde, résiste à la poignée de mains de D.Trump, dit à V.Poutine ce qu’il pense des médias russes, et -effet d’aubaine- après le départ brexital du Royaume Uni et l’affaiblissement politique de A.Merkel, deviendrait le  »seul leader naturel de l’Europe »…
Et il y a enfin d’honnêtes et très érudits spécialistes de telle ou telle partie du monde qui expliquent, commentent, souvent très bien, avec une foule de précisions, ce qui se passe et pourquoi. Mais jamais pour proposer autre chose. Ni une vue d’ensemble. De E.Macron on dit qu’il mène une politique étrangère  »dans la continuité » ce qui est censé rassurer, faire sérieux. Hélas c’est à dire, comme depuis 40 ans, ni lucidité, ni anticipation, ni indépendance, ni leadership, ni habileté, ni opportunisme, ni euristique .
Quelques exemples : le Brexit était une occasion sans pareille pour repenser la construction européenne, y garder le Royaume Uni, et respecter les demandes les nations pré-dissidentes (Les 4 du groupe de Visegrad; Autriche; Pays Bas).
En Afrique, sur le plan de la lutte pour la sécurité, ce gouvernement, pas plus que le précédent, n’a su entendre, par de là les faits jihadistes, les appels des populations du nord Mali (zone plus grande que France) à un respect culturel, économique, social et démocratique. Alors que la France avait toutes les cartes en mains après sa victoire militaire. Le 16 juillet 2013 j’en avais directement averti le précédent Ministre des affaires étrangères. On maintient donc depuis lors un biotope de frustrations et de rebellions. Et ce n’est pas prêt de se terminer. Le 8 février 2018 le Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID) a rendu publiques ses préconisations pour le développement économique de l’Afrique dont tout le monde déclame qu’il est indispensable à l’équilibre de notre partie du monde. Ce relevé de conclusions, c’est l »ancien monde calcifié. Les priorités affirmées ce sont surtout, outre l’éducation, l’accord de Paris, les femmes, l’égalité Homme/Femme. Les cadres politiques choisis pour ces actions sont Bruxelles, les structures multilatérales, les fondations (de Borloo, Raffarin, Rocard, Soros ?). Un travail de bon petit élève. Beaucoup d’argent dépensé mais rien sur le co-dévelopement de PME industrielles ou agricoles. Là où se créent les emplois qui stabilisent les générations migrantes. Et parmi les pays prioritaires retenus il y a l’Éthiopie, la Gambie et le Liberia anglophones; mais pas le Cameroun de la ligne de front contre Boko Haram.
En Europe et Méditerranée un front original vient désormais de se créer : Russie-Turquie-Iran (accords d’Astana) Vs USA-Arabie-Israël. Le battle field : Kurdistan, Syrie (le Liban ?). Des face à face militaires inédits (turco-américain) se produisent chaque jour et des renversements inopinés d’alliances ou d’hostilité. La France (hors ses options désuètes actuelles) sera bien en peine de choisir. Souvenons nous que Mitterrand et Chirac avaient été incapables de prendre en ex-Yougoslavie des positions conformes à l’intérêt national à moyen terme.
Pourtant, en infléchissant la stratégie bruxelloise sur l’Ukraine la France pourrait retourner la Russie ; et, en suivant le brise -glace Trump, isolé pour l’instant sur la dé-multilatéralisation (anti OMC), négocier avec les USA pour proposer des solutions politiques innovantes et durables, et en Ukraine et en Syrie. Rendre neutre, fédéraliser et pacifier l’Ukraine. En Syrie/Irak, en finir avec les accords Sykes Picot (2e période) et créer enfin les conditions d’une paix ethnico-religieuse au Moyen Orient.
La Turquie de l’après Erdogan peut sombrer dans la confrontation multidimensionnelle : il faut s’y tenir prêt. Même chose en Algérie.
Mais pour cela il eût fallu une philosophie politique d’une autre altitude, respectant les réalités et les aspirations humaines, les volontés de vivre ensemble que seules savent incarner les nations démocratiques.

 

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