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Définition et présentation du monde francophone

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A quelques jours de « la semaine de la langue française et de la francophonie… »

 

Article du Réveil Français , écrit par : Ilyes ZouariPrésident du CERMF (Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone)

 

Qu’est-ce que le monde francophone ?
Pays et territoires francophones
480 millions ou 270 millions ?
Des cartes géographiques souvent bien déformées
Pourquoi s’intéresser à l’espace francophone ?
En dehors du monde francophone :
– Pays et territoires francophiles, ou abritant des minorités de langue française
– Autres cas particuliers
A l’approche de la « Semaine de la langue française et de la francophonie » (du 17 au 25 mars), Il est bon de revenir vers la définition du monde francophone et une présentation de ce vaste ensemble. Une présentation sérieuse et crédible, qui tranche avec ce que l’on a souvent l’habitude d’entendre ou de lire sur le sujet.
Par ailleurs, et outre une carte exacte du monde francophone, cette présentation démontre notamment pourquoi il convient de prendre ses distances avec les données fournies par l’OIF.
Qu’est-ce que le monde francophone ?
…c’est un vaste pays, sans frontières. C’est celui de la langue française. C’est le pays de l’intérieur. C’est le pays invisible, spirituel, mental, moral qui est en chacun de vous.
Gilles Vigneault
Afin d’éviter d’utiliser des définitions parfois complexes, voire peu objectives, ou encore romanesques (comme celle du célèbre poète québécois ci-dessus mentionné), il est possible de se baser sur une définition à la fois simple, crédible et de bon sens, à savoir : le Monde francophone recouvre l’ensemble des pays et territoires où l’on peut vivre en français, car langue de l’administration, des affaires et des médias en tous genres, seule ou avec une autre langue locale « partenaire » (pour reprendre un terme utilisé, et à juste titre, par l’Organisation internationale de la Francophonie – OIF).
Il convient donc de s’entendre ici sur le sens du terme « francophone », qui ne peut être le même selon que ce dernier s’applique à un individu ou à un pays. Appliqué à une personne, il peut signifier que celle-ci maîtrise suffisamment le français pour être capable de faire face aux différentes situations de la vie quotidienne dans cette langue. Mais s’il se rapporte à un pays, il doit alors signifier, et en toute logique, que celui-ci correspond à une société francophone, où l’on peut s’épanouir en français, et où la population est donc en contact quotidien avec cette langue, langue de l’administration, des affaires, des presses écrite et en ligne, des médias audiovisuels et de l’enseignement (seule ou avec une autre langue locale). Un pays – ou un territoire – peut donc parfaitement compter un certain nombre de « francophones », sans pour autant que l’on puisse lui appliquer ce qualificatif. Ne peuvent donc être considérés comme francophones des pays qui ne sont que francophiles, plus ou moins (comme la Roumanie, la Guinée-Bissau ou encore le Liban), pour la simple raison que le seul apprentissage de la langue française par un nombre aussi important soit-il de personnes dans un pays donné, ne fait pas pour autant de celui-ci une société francophone, où l’on peut vivre en français.
Un espace vaste et multiple
Selon cette définition à la fois stricte et de bon sens, le monde francophone est un vaste espace de 16,3 millions de km2, grand comme près de 4 fois l’Union européenne tout entière, 29,6 fois la France métropolitaine, 10,6 fois le Québec ou encore 7,0 fois la RDC (République démocratique du Congo). Il regroupe aujourd’hui 480 millions d’habitants, qui se répartissent sur 33 pays et sur quatre continents : l’Europe, l’Amérique, l’Océanie et l’Afrique, qui concentre désormais 80 % la population totale de ce vaste espace. Sur ce dernier continent, il est possible de parcourir 6 080 km du nord au sud (d’Alger à l’extrémité sud-est de la RDC), et 4 440 km d’est en ouest (de Dakar à la frontière orientale du Tchad), sans avoir à quitter notre aire linguistique.
De par sa grande taille, l’espace francophone est traversé par de nombreux fuseaux horaires et connaît tous les climats qui existent sur terre. Cet ensemble, où le français n’a jamais été autant parlé, rassemble ainsi des peuples, des cultures et des traditions multiples, mais qui partagent une langue, une histoire et des intérêts communs. Cette histoire, tout à fait semblable à celle de la formation et de l’expansion de toutes les autres aires linguistiques du monde, doit être entretenue sous ses différents aspects, positifs ou négatifs, mais sans ne jamais perdre de vue sa principale résultante : une grande famille francophone, à laquelle tous ces peuples appartiennent aujourd’hui.
Ces nombreux peuples ont donc en commun la présence de la langue française dans leur vie quotidienne. Mais en fonction du degré de son utilisation, l’on pourra classer les pays francophones selon les trois catégories suivantes :
1. Les pays où le français « standard » est à la fois langue officielle (ou co-officielle) et langue maternelle d’une partie au moins significative de la population (5 pays : Belgique, Canada, France, Monaco, Suisse).
2. Les pays où le français standard est langue officielle (ou co-officielle) mais sans y être la langue maternelle d’une partie significative, au moins, de la population (24 pays : pays francophones d’Afrique – hors Maghreb et Mauritanie -, Haïti, Luxembourg, Vanuatu).
Pour le continent africain, il s’agit pour l’essentiel de pays comptant différentes langues locales partenaires, et dans lesquels le français joue le rôle de langue véhiculaire et unificatrice (un instrument de symbiose, par-delà nos propres langues nationales ou régionales, comme disait Léopold Sédar Senghor, écrivain et premier président de la République du Sénégal). Parmi ces 24 pays, 3 ont un créole français pour langue maternelle de la population (Haïti, Maurice et les Seychelles). Par ailleurs, Maurice, les Seychelles et le Vanuatu correspondent à des cas particuliers (1).
3. Les pays où le français standard n’est pas langue officielle, mais dans lesquels il est très largement utilisé dans la vie quotidienne : administration, affaires, presse écrite et presse en ligne, médias audiovisuels et système scolaire. Dans ce dernier, il bénéficie, en outre, du statut de première langue étrangère obligatoire (4 pays : Algérie, Maroc, Tunisie, Mauritanie).
Ces trois catégories regroupent au total 33 États souverains. Parmi ces derniers, la France compte de nombreux départements et territoires français d’outre-mer (11 pour ceux qui sont habités), dont la contribution est importante au rayonnement de la langue française à travers le monde, et ce, par leur présence sur trois continents différents et leur niveau de vie supérieur à la moyenne régionale.
Pays et territoires francophones / carte du monde francophone
Carte francophonie
Sont désignés en orange les pays et territoires francophones (29 pays ayant le français pour langue officielle ou co-officielle, + 4 pays où le français a le statut de langue étrangère privilégiée). Les carrés verts correspondent à des minorités de langue française disposant d’une certaine influence (culturelle, voire politique et/ou économique), due le plus souvent à une présence historique. Enfin, les points blancs représentent symboliquement les TAAF (Terres australes et antarctiques françaises), hors Îles éparses et Terre Adélie, ainsi que Clipperton (leur ZEE est en réalité beaucoup plus vaste, comme pour la majorité des archipels francophones indiqués).
Par continent :
Afrique (25 États souverains + 2 départements français d’outre-mer)
Algérie
Bénin
Burkina Faso
Burundi
Congo (ou Congo-Brazzaville)
Rép. dém du Congo (ou Congo-Kinshasa)
Côte d’Ivoire
Cameroun
République centrafricaine
Comores
Djibouti
Gabon
Guinée
Guinée équatoriale
Madagascar
Mali
Maroc
Maurice
Mauritanie
Mayotte (Fr)
Niger
Réunion (Fr)
Sénégal
Seychelles
Tchad
Togo
Tunisie
Amériques
Canada :
– Nouveau-Brunswick : partie acadienne
– Québec
Guadeloupe (Fr)
Guyane (Fr)
Haïti
Martinique (Fr)
Saint-Barthélemy (Fr)
Saint-Martin (Fr)
Europe
Belgique : Fédération Wallonie-Bruxelles
France métropolitaine
Luxembourg
Suisse : Suisse romande (ou Romandie)
Monaco
Océanie
Nouvelle-Calédonie (Fr)
Polynésie française (Fr)
Vanuatu
Wallis-et-Futuna (Fr)
Bien que ce continent soit très majoritairement anglophone (principalement du fait du géant australien), les archipels francophones y occupent cependant une place significative grâce à l’immensité de leur territoire maritime (ou zone économique exclusive, ZEE). À titre d’exemple, et bien que ne disposant que d’une superficie terrestre d’à peine plus de 4 000 km2, la Polynésie française contrôle à elle seule près de cinq millions de km2 d’étendue maritime, espace plus vaste que l’Union européenne tout entière.
NB :
1. La liste des pays et territoires francophones n’est donc pas à confondre avec celle des membres de l’OIF, désormais organisation davantage politique que culturelle, et comptant en son sein une majorité de pays non francophones (ni même, souvent, francophiles ou francophonophiles).
2. Les quelques pays et territoires où le français a un statut de langue co-officielle purement symbolique, ou presque, ne figurent naturellement pas dans la liste ci-dessus. Il s’agit, en l’occurrence, des territoires du Grand Nord canadien (Yukon, Territoires du Nord-Ouest et Nunavut), du district de Pondichéry (Inde), du Rwanda et du Val d’Aoste.
En plus de ces pays et territoires francophones, il existe également d’autres parties du monde pouvant être considérées comme francophiles et/ou abritant des minorités de langue française. Ainsi que des pays ne pouvant être objectivement considérés comme francophiles (ou francophonophiles), mais où l’apprentissage de français est tout de même obligatoire (voir En dehors du monde francophone).
480 millions ou 270 millions ?
Force est de constater que le chiffre de 270 millions francophones, environ, est régulièrement avancé par les médias. Pourtant, ce chiffre ne correspond à aucune réalité économique, ou encore géopolitique. D’un point de vue social, il est également largement inapproprié pour la simple raison que de nombreuses choses de la vie courante se font en français dans les pays francophones (le français étant la langue de l’administration, de l’enseignement, des affaires et des médias en tous genres, seul ou avec une langue locale partenaire et non concurrente). Dans ces pays, c’est donc l’ensemble de la population qui est en contact quotidien avec la langue française, y compris dans les zones les plus reculées (en regardant la télévision, en demandant un extrait de naissance, en recevant ou en rédigeant une facture…).
De même, la prise en compte de l’ensemble de la population dans toute statistique relative à un pays ou à une région francophone se trouve pleinement justifiée d’un point de vue économique. En effet, tout investissement dans un projet donné, qu’il concerne les infrastructures, l’agriculture, l’industrie ou le secteur tertiaire (services), se fera toujours en fonction de la population totale de la zone concernée, sans distinction aucune entre francophones et ceux qui ne maîtrisent pas encore le français. Et ce, pour la simple raison que tous en bénéficieront et contribueront à sa rentabilisation.
Ainsi, les statistiques publiées tous les quatre ans par l’OIF ne devraient être destinées qu’aux autorités et pouvoirs publics des pays concernés. Et notamment aux responsables de l’Éducation nationale, afin de les aider à élaborer des politiques adéquates et à identifier les mesures à prendre en vue de remédier aux lacunes dont souffrent encore certaines parties du territoire, en matière d’accès à l’éducation.
Ces statistiques n’ont donc nullement à être diffusées au grand public. Toute diffusion à large échelle de ces données n’a pour seule et unique conséquence que d’induire en erreur les acteurs et décideurs économiques et politiques, ainsi que l’ensemble de la société civile, en dévalorisant considérablement à leurs yeux le monde francophone. Un espace dont la population vient de dépasser celle de l’espace hispanophone (460 millions d’habitants).
Par ailleurs, il convient également de rappeler que pour les pays africains, seuls les francophones également capables de lire et d’écrire le français sont comptabilisés, excluant de fait plusieurs millions de locuteurs n’ayant eu la chance d’être scolarisés (le taux d’alphabétisation demeurant encore relativement faible dans certains pays). De plus, une telle approche ne permet pas d’anticiper l’augmentation quasi constante du taux de scolarisation dans ces mêmes pays (parfois multiplié par dix depuis l’indépendance), ce qui contribue à annoncer, tous les quatre ans, de fortes augmentations du nombre de francophones.
Enfin, la langue française étant la seule, avec l’anglais, à bénéficier d’une diffusion significative dans les systèmes scolaires des pays des cinq continents, il est désormais possible d’estimer à environ 400 millions, hors espace francophone et toutes générations confondues, le nombre de personnes ayant au moins quelques notions de français (voir En dehors du monde francophone).
Des cartes géographiques souvent bien déformées…
De plus, il convient aussi de ne pas oublier un point d’une importance non négligeable : la grande majorité des cartes géographiques en circulation dans nos commerces, nos administrations et établissements scolaires, et couramment utilisées par nos médias, dressent une représentation largement déformée du monde en divisant au moins par deux la taille des pays du Sud, qui représentent la plus grande partie du monde francophone. Ainsi, et à titre d’exemple, la Côte d’Ivoire n’est pas deux à trois fois plus petite que l’Italie ou le Royaume-Uni, mais légèrement plus grande que l’Italie et un tiers plus étendue que le Royaume-Uni. Un pays comme l’Algérie n’est pas trois ou quatre fois moins vaste que le Groenland…mais 10% plus vaste. Enfin, la Russie, et aussi grande soit-elle (et en bonne partie inhabitable), n’est pas deux fois plus étendue que l’Afrique, mais environ deux fois moins !
Ces cartes géographiques (souvent basées sur la projection de Mercator), sont ainsi terriblement déformatrices des continents… et des esprits. Ce qui a des conséquences non négligeables sur la perception que peuvent avoir les francophones de leur propre espace géolinguistique (ainsi que sur leur attachement à la langue française, en particulier dans les pays francophones du Nord).
Pourquoi s’intéresser à l’espace francophone ?
Ma patrie est la langue française (Albert Camus)
Tout d’abord, il convient de rappeler que pour un francophone, connaître le Monde francophone revient tout d’abord à mieux se connaître soi-même. En effet, la langue constitue l’identité première d’un individu, avant tout autre critère. Avoir une idée claire et précise des autres personnes et populations qui partagent ce même élément majeur de l’identité, connaître l’étendue de ce dernier et sa place dans le monde, c’est donc mieux connaître sa propre place dans le monde, mieux pouvoir s’y situer, et ainsi mieux se définir soi-même. Tout « citoyen » du Monde francophone, qu’il soit Congolais, Français de métropole, Haïtien, Mauricien, Québécois ou Français d’outre-mer, et qui ignore ce qu’est ce vaste ensemble, ignore donc en partie ce qu’il représente lui-même, et n’a ainsi qu’une définition incomplète de sa personne.
La langue française est donc ce lien remarquable de parenté qui dépasse en force le lien de l’idéologie, comme disait Habib Bourguiba, premier président de la République tunisienne et un des pères fondateurs de l’OIF. Mais si différentes orientations politiques peuvent naturellement coexister dans l’espace francophone, le français véhicule toutefois un système de valeurs et une certaine conception de relations humaines, qui permettent souvent une certaine proximité intellectuelle entre les peuples qu’il réunit. Chose qui existe dans une moindre mesure avec des pays appartenant à d’autres aires linguistiques. Ainsi, force est de constater que les pays francophones, du Nord comme du Sud, votent souvent de la même manière au sein des grandes instances internationales (Onu, Unesco…), et adoptent souvent aussi des positions et des politiques assez semblables sur divers sujets (méfiance à l’égard des OGM, du gaz de schiste, ou encore à l’égard d’une dérégulation trop poussée de l’économie). Ce qui fait toute la différence avec les pays non francophones, comme, par exemple, les pays non francophones de l’Union européenne.
De même, et d’un point de vue économique, toutes les études démontrent bien que les échanges sont plus importants entre pays et peuples partageant une même langue, et ce, pour la simple raison qu’il est tout à fait normal pour une population donnée de s’orienter en premier vers celles qui lui sont culturellement les plus proches. Dans ce cadre, un exemple résume à lui seul l’importance de l’impact économique d’une langue commune : les touristes québécois sont proportionnellement quatre fois plus nombreux que les touristes américains à venir chaque année en France… et à y dépenser.
Ainsi, toute richesse crée dans un pays francophone finit par profiter en bonne partie aux économies des autres pays francophones. Et toute richesse générée par un pays francophone dans un autre pays de langue française finit par revenir de manière significative dans le circuit économique du premier, tout en profitant également aux autres pays francophones. Une langue commune instaure donc un mécanisme économique semblable à celui des vases communicants. Un principe que l’on peut d’ailleurs déduire du terme anglais Commonwealth (littéralement « richesse commune »), servant à désigner un espace auquel sont si attachés les Anglo-Saxons.
Il est donc important d’œuvrer davantage au développement d’un sentiment d’appartenance à ce vaste ensemble, à cette grande famille francophone. Et de développer ainsi une « conscience francophone ». L’espace francophone devrait donc être bien davantage abordé par nos programmes scolaires. Ceux-ci devraient s’y intéresser au moins autant que le font déjà ceux des pays membres des autres grands espaces linguistiques (hispanophone, anglo-saxon, arabophone…), qui ont ainsi bien mieux compris l’unicité des avantages liés à une langue commune, seul lien capable de résister aux siècles.
En dehors du monde francophone
1. Pays et territoires francophiles, ou abritant des minorités de langue française
En dehors des catégories précédemment citées, il existe également un certain nombre de cas particuliers de pays et de territoires ne pouvant être considérés comme francophones, mais dans lesquels le français jouit cependant d’une certaine présence, toutefois assez limitée. Il s’agit, d’une part, de pays ou de territoires francophiles, où la langue et la culture françaises sont à la fois appréciées et apprises par au moins une majorité constante d’élèves, et, d’autre part, de pays ou de territoires où le français est langue maternelle de communautés francophones minoritaires et, le plus souvent, historiquement installées.
a) Pays et territoires abritant des minorités de langue française (ayant le français pour langue maternelle) :
Flandre (Belgique)
Val d’Aoste (Italie)
Israël
Ontario, Manitoba et Nouvelle-Écosse (Canada)
Louisiane et Maine (États-Unis)
b) Pays et territoires de tradition francophile, où le français est appris obligatoirement ou au moins par une majorité constante d’élèves :
Apprentissage du français obligatoire :
Flandre (Belgique)
Cantons suisses alémaniques frontaliers de la Romandie + Tessin (canton italophone)
Jersey (Royaume-Uni)
Sarre (Allemagne, depuis 2007)
Val d’Aoste (Italie)
Syrie (depuis 2003)
Cap-Vert
Guinée-Bissau
Rwanda
Sao Tomé-et-Principe
Dominique (langue locale à base lexicale française)
Sainte-Lucie (langue locale à base lexicale française)
Français appris par une majorité constante d’élèves (à des âges parfois différents) :
Andorre
Grèce
Italie
Moldavie
Roumanie
Portugal
Liban
Cabinda (Angola)
Amapa (Brésil)
Dans un souci évident de crédibilité, cette liste regroupe uniquement les parties du monde où le français bénéficie d’une certaine visibilité et/ou d’une popularité particulière (plus ou moins compris par la majorité de la population). Ainsi, et pour la première catégorie, ne sont répertoriés que les pays et territoires où les minorités de langue française disposent d’un poids quelque peu significatif. Et ce, en répondant à au moins deux des trois conditions suivantes : avoir un ancrage historique et faire donc partie du « patrimoine » culturel local, peser pour plus de 1% de la population totale, et être majoritaires dans un certain nombre de localités (sinon, il faudrait alors citer l’ensemble des provinces de l’Ouest canadien, ou encore la région du Grand Londres ou l’agglomération barcelonaise).
De même, et pour les pays de tradition francophile, il ne s’agit pas là de dresser une liste exhaustive de toutes les parties du monde où le français est enseigné, notre langue étant la seule, avec l’anglais, à bénéficier d’une diffusion significative dans les systèmes scolaires des pays des cinq continents (hors espace francophone : de 30 à 40 millions d’apprenants chaque année, et environ 400 millions de personnes, toutes générations confondues, ayant au moins quelques notions de français). Ne sont donc considérés comme véritablement francophiles que les pays et territoires où la langue et la culture françaises sont à la fois appréciées et apprises par au moins une majorité constante d’élèves. Cet intérêt pour le français s’y expliquant par un certain prestige qui lui est rattaché (langue de culture…), par des liens historiques, et bien souvent par des relations économiques importantes avec la France et/ou avec d’autres pays francophones.
2. Autres cas particuliers :
Par ailleurs, il convient de noter qu’il existe également un certain nombre de pays et de territoires qui n’entrent pas dans les catégories précédemment citées, mais dans lesquels l’apprentissage du français est tout de même obligatoire (sans pour autant qu’ils puissent être déjà considérés, sérieusement, comme francophiles ou, plus largement, francophonophiles).
Sont concernés :
Chypre
Le Costa Rica
La République dominicaine (depuis 1995)
Quatre des cinq provinces majoritairement anglophones de la moitié est du Canada.
La Gambie (depuis 2006)
Le Ghana (depuis 2002)
Le Libéria
Le Nigéria (depuis 2002)
La Sierra Léone
Et à ces pays et territoires s’ajoutent aussi quelques autres où le français est constamment enseigné à la majorité des élèves, comme en Irlande et aux Pays-Bas (voire aussi le Royaume-Uni, qui est toujours assez discret sur les statistiques relatives à l’apprentissage des langues étrangères).
Enfin, il est nécessaire de mentionner un dernier cas, très particulier et en réalité inclassable : celui de Pondichéry (ou Puducherry, en Tamoul). Ville indienne de la côte sud-est du pays, elle garde un certain nombre de vestiges d’un passé français qui dura près de trois siècles, de 1674, année de sa création, à 1954, année de la rétrocession du territoire à l’Inde. Autrefois capitale du vaste Empire français des Indes, perdu peu de temps après l’éviction injustifiée de son fondateur (Joseph-François Dupleix, rappelé en 1754), la ville abrite aujourd’hui 9 000 Franco-Indiens, sur une population totale d’environ 700 000 habitants (soit un peu plus de la moitié de la population du Territoire de Pondichéry – ou « Union territoriale de Pondichéry » – qui regroupe également le reste du district de Pondichéry ainsi que trois des quatre autres anciens comptoirs français ayant réintégré le giron indien au début des années 1950). Ayant le tamoul pour première langue, ces derniers sont les descendants des Pondichériens qui avaient choisi de rester français au lendemain de la rétrocession. Toutefois, il est à noter que moins de 30% d’entre eux sont réellement capables de s’exprimer en langue française.
Aujourd’hui, de plus en plus d’entreprises tricolores et francophones font appel à des Franco-Pondichériens afin de les aider à s’implanter sur le marché indien. Par ailleurs, la ville abrite le plus ancien des lycées français d’Asie : crée en 1826, il est actuellement le plus grand établissement du genre en Asie méridionale, avec environ 1 300 élèves (de la maternelle au Lycée).
Ces différents cas particuliers situés en dehors de l’espace francophone, ainsi que la hausse constante du nombre d’apprenants du français à travers le monde du fait de l’émergence démographique et économique de l’espace francophone (+43% dans la zone Asie-Pacifique que la période 2009-2013, et +44% en Afrique subsaharienne non francophone, selon le dernier rapport publié par l’OIF), font que l’on peut désormais estimer à environ 400 millions le nombre de personnes hors espace francophone, et toutes générations confondues, à avoir au moins quelques notions de français (mais très majoritairement non comptabilisés par l’OIF, qui se concentre sur les personnes ayant une maîtrise au moins moyenne de la langue).
1. Davantage de détails sont fournis dans le « Petit dictionnaire du Monde francophone » (L’Harmattan, 2015).

 

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