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Donald Trump et les Corées

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soudain les chroniqueurs commencèrent à douter d’avoir auparavant compris quoique ce soit …

 

Article du Réveil Français , écrit par : Henri Temple, ex professeur de droit économique à l’Université de Montpellier, expert international, avocat Philosophe

 

L’annonce d’une rencontre entre Donald Trump et Kim Jong Un à l’invitation de ce dernier (et donc sans doute à Pyongyang) a été présentée comme un  »coup de poker », un  »impensable renversement de situation » de « l’imprévisible milliardaire » que les commentateurs moutonniers se refusent encore à nommer Président des USA.
Il était plus vite-fait-mal-fait, pour les chroniqueurs installés, de se focaliser sur les tweets, les pseudo scandales, les ragots d’arrière-cour, alimentés par les frustrés de la défaite d’Hillary Clinton et leurs médias. On eut, alors, l’impression un peu déconcertante que le Président Trump se délectait de ces attaques venues de l’ancien monde  »washingtonien » désormais démonétisé. C’est que Donald Trump, qui n’a jamais exercé aucune fonction officielle, s’était d’emblée affirmé – sur un ton vigoureux sinon virulent – comme un adversaire de l’establishment et du politiquement correct. Et un défenseur, contre les apparatchiks du mondialisme, de l’intérêt national américain concret. Désormais les chroniqueurs les plus avisés découvrent que le président Trump prend des décisions rapides, fortes, révolutionnaires. Et qu’elles ne sont pas incohérentes, même si elles sont vivement contestées, mais qu’il les avait toujours annoncées. D’ailleurs comment a-t-on pu alimenter – même en France- des rumeurs sur la santé mentale et l’éventuel impeachment d’un homme qui avait su construire un colossal empire d’entreprises et battre, lors de la présidentielle, toute la caste politico-financière et médiatique ?
Il n’est pourtant pas difficile de savoir ce que veut faire Donald Trump: il l’a annoncé pendant sa campagne et il le met en application. Quant à la méthode elle a été énoncée il y a 30 ans dans son livre : The art of the deal. En un an le président a : modifié le système de santé (plutôt plus logiquement), abaissé drastiquement la fiscalité sur les entreprises et les particuliers, programmé des milliards d’investissements publics, et pris des mesures contre l’immigration. Le chômage baisse et les salaires augmentent ! Le Dow Jones a franchi les 25 000 points ce qui est inouï. Toujours sur le plan intérieur il est prêt à faire évoluer la législation sur les armes, ce qui est une première. Mais il s’est aussi habilement défendu sur la suspicion de collusion avec la Russie en déclassifiant des documents qui mettent dans l’embarras le FBI en raison de sa possible connivence avec les Démocrates pendant la campagne électorale. Au plan international il a indiqué être prêt à travailler avec V.Poutine. Et il attend sûrement la réélection de celui-ci en ce mois de mars pour reprendre le fil de la relation. C’est sans doute la raison pour laquelle il hésite sur la situation en Syrie où la Turquie (membre de l’Otan…) malmène les alliés kurdes des USA (YPG) en envahissant le territoire syrien et en bombardant les civils. D’ailleurs le président Trump avait annoncé (ce qui nous avait comblés) que l’Otan n’avait plus sa raison d’être…Si, dans la grande négociation qui est en cours, il a la certitude que l’Otan budgétivore ne sert plus à rien car il aura trouvé un deal avec la Russie, il mettra en sommeil cette relique de la guerre froide et, comme il l’a annoncé, utilisera les économies ainsi faites pour redonner à la recherche industrielle militaire les moyens et les commandes colossales qui permettront de donner à son pays une grande suprématie géostratégique sur la Chine.
Pour Trump en effet si l’Europe est une concurrente qu’il va affaiblir en l’obligeant à plus dépenser pour sa défense, sa vraie rivale est la Chine. Il veut régler assez vite la question du Moyen Orient pour ne plus avoir à y consacrer son énergie. Il sait que la Russie pourra l’aider à cantonner les velléités de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire (si proche des frontières russes) et que la Turquie n’intéressera plus personne sitôt la Syrie en voie de normalisation. Dans ce nouveau Yalta qui s’esquisse c’est le Pacifique qui lui importe. Et il a bien l’intention d’y contrer l’expansionnisme chinois, son véritable objectif. Contre la Chine il a déjà gagné la première et la deuxième manche géostratégique : en anéantissant le marché trans-pacifique et en devenant, via Séoul, celui qui aura créé une fêlure entre Pyongyang et la Chine. Certains commentateurs sont tellement – et ridiculement – anti Trump qu’ils imaginent que ce serait une victoire et un bénéfice attribuable à la Chine que d’avoir rapproché Kim Jung Un et D.Trump. Il n’en est rien : la Chine perdrait une monnaie de menace et d’échange en perdant la main sur la Corée du nord. Du coup, aux mesures protectionnistes qu’il prendra sur le plan commercial, la Chine ne pourra guère riposter car si ses entreprises perdaient le marché américain il en résulterait un marasme économique puis des troubles politiques dans l’Empire du Milieu. En 2020, trois générations après la victoire du communisme, la Chine entrera dans un période sensible comparable à celle de l’URSS en 1990.
Nos analyses (souvent exprimées dans Causeur) sont corroborées par des spécialiste de la vie politique américaine, Jean-Eric Braana et François Durpaire, interrogés par Le HuffPost. Pour eux non seulement Trump n’est pas du tout fou mais encore qu’il est en train de réussir ce qu’il a programmé. J-E Braana (« Trumpland portrait d’une Amérique divisée », éditions Privat) l’écrit :  »Trump a bien une stratégie mais une stratégie d’homme d’affaires, bien rodée, qui marche plutôt bien… en gros il bluffe. Une fois l’adversaire déstabilisé il entame une période de détente et cède sur certains points afin que le camp d’en face pense avoir remporté la partie ».
Il restera cependant à voir si Kim Jong Un cédera réellement du terrain sur son arsenal nucléaire et s’il trouvera une présentation pour ne pas perdre la face. Cela pourrait consister en des coopérations commerciales et industrielles avec Séoul, les USA réduisant leur dispositif militaire.
François Durpaire fait le même type de constat sur la gestion de situation en Syrie par D.Trump :  »Peu après son investiture, D.Trump a fait tirer 59 missiles contre la Syrie d’Assad en réponse aux bombardements chimiques…C’était la première réponse concrète… d’un pays occidental dans ce conflit… Bachar al-Assad s’est fait petit pendant un moment ».
En résumé : ne sont surpris que ceux qui limitaient leur compréhension du projet Trump aux facéties destinées à son électorat populaire, qu’il rassure ainsi. Il est au contraire extrêmement facile de le comprendre (voire d’être admiratif) : tout ce qu’il fait avait été annoncé. Encore fallait-il observer et réfléchir. Quant à E.Macron c’est l’anti Trump. Il dit et n’agit pas au fond. Et rien de ce qu’il fait n’avait été annoncé. Grand Chambellan du système il n’en changera rien, le conduisant inévitablement ainsi à sa perte. La France perd une occasion unique (après le Brexit) de suivre le brise glace Trump et de promouvoir la reconstruction d’une vraie, libre et forte Europe des nations, à la place de feu celle de Bruxelles.

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