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Jeunesse aux cœurs ardents, film libre et libre opinion

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Vu sur : Mediapart, écrit par : Didier CODANI
Un certain nombre d’amis du Réveil Français suivent la progression cinématographique de Cheyenne Marie CARRON qui signe son 11e long-métrage .
Peut-être qu’avec cette nouvelle oeuvre la réalisatrice sortira-t’elle de l’ombre avec ce film très achevé cassant les codes du consensus horizontale de notre société fatiguée de consommer en se payant une bonne conscience avec des indignations choisies et éculées.

 

« Jeunesse aux cœurs ardents » est un long-métrage de Cheyenne Marie CARRON qui vient de sortir et que probablement vous ne pourrez pas voir, sauf si vous achetez le DVD en ligne, car sa diffusion est aussi limitée que son financement. Pourtant c’est vraiment un film à voir. Filmer est une passion pour Marie Cheyenne CARRON…
Filmer est une passion pour Marie Cheyenne CARRON et elle filme là avec quatre regards différents : regard des jeunes, regard des femmes, regard des hommes, regard des anciens.
Disons-le tout de suite, passé 50 ans je ne peux décemment pas prétendre parler au nom des jeunes. Disons-le aussi, personne n’accepte de se faire ranger dans la catégorie des anciens tant qu’on n’a pas dépassé 70 ans, et encore… Restent les femmes et les hommes. Génétiquement c’est facile, je prendrai donc le regard des hommes pour parler de ce film.
C’est un film auquel on n’est pas préparé. Un regard inattendu sur une rencontre improbable entre un jeune presque désœuvré qui cherche sa voie et un ancien qui l’a trouvée il y a longtemps et qui finit sa vie dans l’honneur et la fidélité.
Rencontre improbable qui commence par un braquage en pleine rue. Braquage « pour rien », braquage « pour donner aux plus pauvres », idée folle conçue entre un groupe d’idéalistes et un vrai voyou nuisible. Idée tout aussi folle que d’espérer faire baisser les yeux à un officier supérieur de la légion étrangère.
Cette résistance intérieure face à l’agression, cette force morale silencieuse, impressionnent le jeune homme qui part doucement à la dérive, dans une vie facile aux frais des parents, où les références morales sont devenues des références de lecture. Effet pervers d’avoir une mère prof de philo et un père un peu absent. L’enfant-roi réalise qu’il vient de rencontrer un homme qui a connu autre chose que des « luttes » politiques ou sociétales sans aucun danger au cœur de Paris.
Je sais. Je m’en voudrai de trop révéler, tout comme je m’en voudrai de ne pas assez révéler.
En voyant les errements du garçon et la superficialité que représentent ses parents-copains on est frappé par la force des convictions et la fraternité des anciens légionnaires.
Lui aussi en est frappé. Il découvre le sens de mots qu’il doit connaitre, la sincérité du sentiment, la force de l’engagement, le respect de la parole, jusqu’au sacrifice si nécessaire.
Ce film retrace cette différence entre ceux qui combattent ou ont combattu, en les montrant sous leur vrai jour, celui d’une famille solidaire, fière des siens ; et ceux pour qui ils se sont battus, qui finalement à ce jour ne sont même plus conscients des sacrifices. Blasés, désabusés, faisant semblant de tout connaitre, persuadés que tout mène à l’argent ou en vient, ils n’ont plus le sens des valeurs, juste celui de leur valeur à eux, et encore…
Le tableau est peint par touches, après les jeunes qui ne sont pas tous (loin de là) mal intentionnés, mais désordonnés ; les pères qui ont plus ou moins démissionné, les mères qui à trop couver, à tout permettre, perdent le contact. Arrive enfin l’ancien légionnaire, qui ne demande rien à personne et qui vit simplement sa fin de vie de son côté, avec, de temps en temps l’amicale et ses camarades. L’ancien qui ne demande rien, et qui a tant à donner.
Je dois dire merci à Cheyenne CARRON de nous avoir épargné les plans auxquels on s’attendait : L’histoire à deux balles entre une fille et cinq garçons qui verse dans le sentimental avec le héros du film… Les discours moralisateurs à n’en plus finir sur les « causes » et les « luttes » des héritiers de mai 68 au centre-ville de Paris, dans des appartements confortables… Les anciens combattants abonnés perpétuels aux prises d’armes et autres cérémonies du souvenir autocentrées sur leur propre public… Les légionnaires figés dans des postures psychorigides… Dieu merci tout cela nous a (presque) été épargné.
L’originalité et la force du film de Cheyenne CARRON c’est celle du parcours de son héros pour définir sa vie, entre mauvaises fréquentations, drogue, vrais copains de toutes les couleurs, parents aimants mais translucides, absence de soucis matériels et de valeurs morales.
Quand ce garçon découvre le sens du drapeau, que pour exécuter un ordre on peut donner sa vie, que pour ramener un camarade blessé, sans ordre, on peut risquer la sienne… c’est une vraie révolution intérieure qui s’opère. Révolution que ses amis ont bien du mal à suivre.
C’est une étincelle qui se transmet, sans prosélytisme, entre une famille-Légion qui garde ses valeurs et prend soin des siens, à un jeune homme désabusé d’une famille « bobo » délitée.
Fallait-il pousser le réalisme jusqu’à ce que les légionnaires de l’amicale chantent aussi faux en fin de déjeuner au fond du bistrot que cela se produit parfois en vrai ? Sans doute. Parce que l’on s’en fiche de la justesse du chant, ce qui compte c’est la justesse des sentiments. Cette transmission de flambeau (ou de fanion, comme on voudra) s’opère sans clichés, sans tenues camouflées ou képis blancs au premier plan.
Au premier plan est le sens d’une vie.
Celle d’un chef de bataillon de la Légion Étrangère à la retraite, qui se fait traiter d’assassin par une écervelée dans le métro parce qu’il porte sa légion d’Honneur… Celle d’un étudiant « pour ne pas être au chômage » qui découvre le vrai sens du mot héros.
Ce film combat toute cette mollesse d’une société de consommation sans autre point de mire que le compte en banque et les prochaines vacances. Il se bat pour la transmission de vraies valeurs ; de celles pour lesquelles vivre à fond, et mourir s’il le fallait, celles du pays.
Honneur, fidélité, sont plus que des mots. « Le diable marche avec nous », au piano, en sourdine, nous accompagne dans ce cheminement vers le choix d’une vie. Bravo.

 

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