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Londres : Une diplomatie hystérique ?…

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Article du Réveil Français , écrit par : Olivier Dejouy

 

Sergueï Skripal, un ancien colonel des services de renseignement militaires russes, ainsi que sa fille ont été retrouvés inconscients le 4 mars 2018 aux abords d’un centre commercial de Salisbury, au Royaume-Uni. Recruté comme agent double par les services britanniques en 1995 et condamné en Russie à 13 ans de prison pour trahison, M. Skripal a obtenu l’asile au Royaume-Uni en 2010 après un échange d’agents de renseignements entre la Russie et les États-Unis.
Alors que l’enquête de Scotland Yard ne faisait que débuter, le gouvernement de Theresa May a déjà trouvé et dénoncé le coupable : la sauvage Fédération de Russie et son dictateur Vladimir Poutine.
Même si cette thèse est plausible, la violence et la rapidité de l’accusation ne sont pas habituelles en diplomatie, même dans les affaires d’espionnage qui furent bien plus nombreuses et bien moins bruyantes au temps de l’Union Soviétique .
Il s’agit aujourd’hui, comme au bon vieux temps de la guerre froide, de montrer du doigt le méchant à partir du camp du bien, le fameux quart d’heure de la haine dont nous parle Orwell (1) en jouant sur les bons sentiments affichés par l’Occident a contrario du dictateur russe. Mais « Les bons sentiments ne garantissent pas la paix . Il faut des procédures, des organisations, qui permettent de détecter les risques et de prévenir les conflits. Nous avons besoin d’artificiers spécialistes des bombes à retardement politiques pour dénouer ces crises ! » Rappelait Hubert Védrine dans la Croix du 22 janvier .
Las! la réaction en chaine par solidarité avec la Grande Bretagne ne s’est pas faite attendre : Au diable la légendaire prudence britannique, au diable les procédures diplomatiques destinées à éviter les échauffements inutiles, alors qu’aujourd’hui, nous n’avons pas encore d’éléments pour étayer cette accusation aussi prompte qu’unilatérale.
Au total, une quinzaine de pays de l’UE, dont la France bien sûr, ainsi que les États-Unis, le Canada, la Norvège, l’Albanie et l’Ukraine ont annoncé lundi l’expulsion de diplomates russes en réaction à l’empoisonnement de l’ex-agent double et de sa fille à Salisbury.
Selon les britanniques, il s’agit d’une intoxication par un neurotoxique organophosphoré de 4ème génération de type « novitchok » (новичок en russe : petit nouveau) d’origine soviétique, commanditée par l’État russe. Celui-ci nie toute implication.
Ne serait ce que pour donner un peu de crédibilité à l’enquête, il eut peut-être fallu envisager d’autres pistes, c’est en général la fonction de la diplomatie (ainsi que de l’instruction judiciaire)
Une provocation d’origine russe mais antigouvernementale ne peut être exclue et fait probablement l’objet d’une enquête russe pour laquelle un échantillon fourni par le Royaume-Uni serait nécessaire. L’hypothèse d’une provocation nantir usse effectuée par un organe sous contrôle gouvernemental britannique ou US peut aussi être envisagée…
Quant au mobile ? : Justifiée ou non, la stratégie politique anglo-saxonne actuelle tend à dénigrer la Russie, en visant son président, évoquant son mépris du droit international et des droits humanitaires, bref de la mettre au ban du « concert des nations ». Cet attentat survenu à la veille d’un événement sur lequel la Russie compte pour redorer son image face au monde entier est de nature à entourer ces manifestations d’une ambiance glauque bienvenue. La seule erreur serait en l’occurrence d’avoir choisi cette mise en scène à la veille de l’élection présidentielle russe qui n’en sera pas affectée, mais laisse quelques mois avant l’ouverture du championnat du monde de football pendant lesquels la situation pourrait échapper aux stratèges.
Quant aux moyens ? Comme évoqué plus haut, il est quasi-certain que les USA disposent d’armes chimiques soviétiques originales. Une collaboration étroite avec le laboratoire britannique de Porton Down est plus que probable. La proximité de ce laboratoire hautement spécialisé dans les armes chimiques du lieu du crime est de nature à faire sourciller les observateurs les plus indulgents.
Quant aux victimes ? : Comme pour la Russie, Sergei Skripal ne représente plus aucun intérêt pour les Britanniques dans son domaine de compétences. En revanche, il est acceptable dans le rôle de la victime de la vengeance russe. L’atteinte de sa fille accentue l’horreur du crime et le mépris de la vie humaine de la part de son agresseur, personnifié par le président russe. D’autant que d’après certains témoignages, l’espion russe envisageait d’accompagner prochainement sa fille en Russie où elle devait se marier…
Il ne s’agit là que d’hypothèses bien sûr, mais ce serait probablement aller à l’encontre des objectifs politiques pro USA de Londres, lesquels consistent essentiellement à éloigner par tous les moyens l’Europe de la Russie afin de justifier la présence de l’OTAN et donc de la puissance étasunienne pour contrôler notre continent. Par ailleurs, Thérésa May avait besoin de redorer son blason après le Brexit et la mobilisation, semble t’il un peu forcée par Bruxelles, des états atlantistes en soutien à Londres vient opportunément soulager le poids supporté par la locataire du 10 Downing Street.
De plus en plus, la diplomatie devient un enjeu de politique intérieure, ce qui la rend probablement un peu moins cohérente du point de vue de l’harmonie internationale en offrant progressivement l’apparence d’une hystérie collective.

 

 

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