subscribe: Posts | Comments

« Ce que Révèle la pudeur médiatique autour du scandale de Telford »

0 comments

Quand la manipulation politique au nom du politiquement correct suscite le populisme…

 

Vu sur : , écrit par : Mathieu Bock-Côté.
Cet article paru dans le Figaro mérite d’être signalé, tant il appuie où ça fait mal aux indignés à géométrie variable.
TRIBUNE – Pour notre chroniqueur québécois, le silence qui a entouré le scandale de Telford, ville britannique où des centaines de jeunes filles ont été violées en quarante ans, est révélateur du double standard de l’indignation.

 

Les révélations du Sunday Mirror à propos du système d’exploitation sexuelle de Telford au Royaume-Uni avaient de quoi semer l’effroi. Mais l’effroi s’est doublé d’indignation quand on a pu constater que les grands médias, qui depuis quelques mois, dans les suites du mouvement #MeToo, militent pour une extension inédite du domaine de l’agression sexuelle, ont montré bien peu d’intérêt à l’endroit de cette histoire, comme si elle n’était rien d’autre qu’un fait divers sordide. Alors que le moindre soupçon de harcèlement pouvait faire la une des grands quotidiens, la mise en esclavage sur plusieurs décennies de près de mille jeunes femmes (selon l’enquête du Sunday Mirror), principalement issues de la classe ouvrière blanche, par des gangs indo-pakistanais fait bien peu de bruit. On traite la nouvelle en mode mineur. La misère de ces jeunes femmes ne semble pas émouvoir beaucoup les professionnels habituels de l’indignation, comme s’en est étonné Claude Askolovitch qui remarquait sur France Inter l’autocensure de la presse française autour de cette affaire.
L’agresseur idéal, qui permet de mettre en accusation le patriarcat occidental, a le profil de Harvey Weinstein. C’est un bourgeois blanc, riche, sans cœur et tout-puissant
Mais s’en surprendra-t-on vraiment si on garde en tête la réaction embarrassée du système médiatique au moment des agressions sexuelles de Cologne. Les services de police comme les médias firent preuve alors d’une pudeur inattendue. Les agresseurs étaient des migrants, et la simple idée de se les représenter chassant en meute la femme européenne, à la manière de conquérants s’emparant des femmes des conquis, semblait moralement inadmissible. Un même malaise médiatique s’est exprimé lorsqu’on a appris, au printemps 2017, que les femmes étaient de moins en moins les bienvenues dans le quartier de La Chapelle-Pajol, à Paris. L’agresseur idéal, qui permet de mettre en accusation le patriarcat occidental, a le profil de Harvey Weinstein. C’est un bourgeois blanc, riche, sans cœur et tout-puissant. À Telford comme à Cologne, le violeur n’était pas le bon.
Retour en 2012: l’affaire Merah nous revient inévitablement à l’esprit. Alors que les médias laissent croire que le tueur de Toulouse était un jeune fanatique d’extrême droite, poussé par la haine raciale et l’antisémitisme, ils se permettaient d’accuser Nicolas Sarkozy, qui aurait chauffé les passions identitaires et excité la haine de l’autre au point même de pousser au meurtre. La chaîne d’équivalence était prête: la droite mène à l’extrême droite, qui mène au terrorisme identitaire. Le récit médiatique a vite basculé une fois l’identité de Mohamed Merah révélée pour en faire un exclu de la République qui aurait trouvé dans le terrorisme un exutoire à son désespoir social. Meurtrier, Merah n’en était pas moins une victime d’une société l’ayant quasiment poussé au crime. Cette fois, c’est le tueur qui n’était pas le bon.
Les associations antiracistes ont créé un environnement médiatique toxique en associant la critique des problèmes d’intégration propres à certaines communautés au racisme
On voit là les limites de la sociologie obsédée par la lutte contre les discriminations et carburant au fantasme postcolonial. Le racisme est unilatéral: il met toujours en scène une majorité blanche persécutant des populations immigrées. On oublie pourtant qu’aucun groupe ethnique n’a le monopole de la haine raciale et que le racisme antiblanc n’est pas une lubie d’extrême droite. Péguy disait que la peur de ne pas avoir l’air assez avancé était à l’origine de bien des lâchetés. On pourrait en dire de même aujourd’hui de la peur d’avoir l’air raciste. Les autorités de Telford, qu’il s’agisse des services de police ou des services de protection de la jeunesse, ont fermé les yeux pendant des années pour éviter d’avoir l’air raciste. Il faut dire qu’au fil des ans les associations antiracistes ont créé un environnement médiatique toxique en associant la critique des problèmes d’intégration propres à certaines communautés au racisme.
Mais le problème est plus vaste et renvoie à la difficulté du système médiatique de mettre en scène la désagrégation du vivre-ensemble diversitaire et à penser la déstructuration entraînée par l’immigration massive. Trop souvent, les grands médias se croient obligés de pratiquer une pédagogie diversitaire pour délivrer les populations occidentales de leurs préjugés. Ce qui pourrait et devrait être pensé comme une implosion du corps social soumis à une trop forte hétérogénéité culturelle est dispersé en milliers de faits divers auxquels on refuse de prêter une signification politique. Pour éviter de faire le jeu du populisme, on aseptise la description du réel quitte à la falsifier sans même s’en rendre compte. Un sentiment d’irréalité accompagne ce qu’on pourrait appeler la description officielle de la société.
Dans le même esprit, la pudeur devant la représentation de l’horreur varie selon qu’elle peut émouvoir notre sensibilité humanitaire ou nous inquiéter devant le choc des cultures et des civilisations qui se déroule sous nos yeux. Ainsi, la photo bouleversante du petit Aylan Kurdi, en septembre 2015, fut partout exposée pour convaincre les Occidentaux de consentir aux vagues migratoires à venir. Inversement, au lendemain de l’attentat de Barcelone en août 2017, plusieurs jugeaient indécente la diffusion des photos des victimes de l’islamisme. On aura compris que c’est en fonction de l’effet idéologique et psychologique qu’elles produiront qu’on juge ces photos. Si elles émeuvent, on les diffusera. Si elles poussent à la révolte contre le multiculturalisme, on les censurera.
Contrairement à ce qu’on peut entendre, ce n’est pas lorsqu’un scandale comme celui de Telford éclate qu’un sentiment anti-immigration peut surgir mais lorsque le commun des mortels comprend qu’on a voulu lui cacher la vérité. Chacun sait très bien qu’on ne saurait faire d’amalgame entre un gang criminel ethnique et l’ensemble d’une communauté immigrée. Le bon sens populaire n’est pas animé par la logique du bouc émissaire, quoi qu’on en dise, et sait faire les distinctions élémentaires. Mais lorsque les institutions trahissent leur peuple, comme c’est arrivé à Telford, elles suscitent un désir de révolte. Et personne n’aime sentir qu’il est victime d’une manipulation collective opérée pour étouffer des vérités qui dérangent. C’est cette tentative éventée de manipulation qui réveille le populisme.

 

 

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

S'inscrire à la lettre d'informations hebdomadaire

Découvrez les nouveaux articles chaque mardi

Merci de votre inscription