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Reza Shah que dieu de te bénisse ! » crient les Iraniens.

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Article du Réveil Français , écrit par : Frederic de Natal

 

Depuis plusieurs mois, le régime théocratique des mollahs iraniens fait face à la plus sévère crise politique de son existence. Excédés par l’augmentation du coût de la vie qui touche les aliments de base des persans, par une forte stagnation du chômage ou du peu de respect de la démocratie, par la kleptomanie avérée de ses dirigeants, les principales villes du pays, y compris la capitale Téhéran , sont de nouveau en proie aux émeutes depuis plus de 48 heures. Une contestation qui ne laisse pas indifférent le prince héritier impérial, Reza Shah II Pahlavi, qui entend fédérer l’opposition sous le nom de sa dynastie.
Le 25 juin, le Grand Bazar de Téhéran est en émoi. Les devantures des magasins se ferment rapidement, on court à travers le dédale des échoppes envahies par les senteurs de la colère. Une foule se masse à l’extérieur et scandent « à mort le dictateur » ou « Reza Shah que dieu de te bénisse ! (Reza Shah Roohat Shad)». Devenu le cri de ralliement des opposants au régime des Ayatollahs, on va même scander comme un défi « vive la monarchie ! » dans la ville de Shiraz. Les médias étrangers commencent à évoquer la journée d’émeute dans leurs principaux titres. Reza Shah Pahlavi publie immédiatement un communiqué. « C’est le début de la révolution ! » clame-t-il dès les premières lignes de son manifeste alors que les tirs à balles réelles se font déjà entendre.
«Le grand soulèvement qui a commencé à travers l’Iran a atteint le cœur de Téhéran. Poussés dans la rue car ils n’ont plus rien à manger, les iraniens sont enfin venus reprendre leurs droits. Depuis des décennies ils ont dû vivre avec le vide de vagues promesses et aujourd’hui il est évident qu’ils réclament du concret. Le régime a été construit sur des bases mensongères et hypocrites qu’il est temps de stopper. Dans de telles circonstances, il est nécessaire que tous se rallient au sein d’une coalition au-delà de nos divisions (…). C’est en étant uni et en persistant dans notre lutte que nous allons pouvoir libérer l’Iran (…) ».
Depuis le début des manifestations fin décembre 2017, le fils du dernier Shah d’Iran renversé en janvier 1979 lui-même par une révolution qui avait porté au pouvoir l’ayatollah Khomeyni et plongé l’Iran dans un régime conservateur islamique, Reza Shah Pahlavi s’affiche partout. Ancien porte-parole du Conseil national Iranien (qui ne regroupe pas moins de 30 mouvements), une charge à laquelle il a renoncé l’année dernière, le prétendant au trône du Paon est sur tous les fronts. Multipliant les interviews ou il appelle l’armée à rejoindre les manifestants, rencontres avec des députés du Congrès américain, il est à 58 ans un infatigable combattant pour la restauration de la démocratie en Iran. Qualifiant l’actuel gouvernement de « régime aux abois (…) qui arrête, qui torture et dont l’idéologie [théocratique] n’a plus la moindre viabilité économiques », Reza Shah Pahlavi se pose aujourd’hui en alternative au régime des mollahs. Portraits des dirigeants brûles, conspués, certains caciques avaient même fuit l’Iran au plus fort des manifestations avant que le régime ne finisse par intervenir brutalement.
L’idée monarchique, une solution pour l’Iran ? Pour le prince, la nature du prochain régime dépend de la volonté des iraniens à le choisir de manière démocratique. « Mon père a été le roi, j’ai été le prince héritier mais je reste persuadé que l’Iran de demain doit être reconstruit dans le respect de la démocratie » a déclaré Reza Shah lors d’une interview accordée au magazine Bloomberg, quelques jours avant la reprise des manifestations. Les plus favorables à l’idée de la restauration de la monarchie restent les jeunes iraniens touchés par un fort taux de chômage (28%). Ils sont nés à l’aube de l’an 2000, n’ont pas connu le régime impérial ni la dynastie des Pahlavi montée sur le trône de Cyrus le Grand en 1925. Ils idéalisent certainement le principe mais avec les réseaux sociaux, le développement d’internet, ils ont pu mesurer le degré de liberté dont leurs parents ont joui durant l’ancien régime. Oublié les exactions de la police secrète du Shah, la Savak, le second des Pahlavi est devenu synonyme de progrès, d’émancipation vis-à-vis d’un régime qui a réduit la femme à son plus simple appareil.
Reza Shah II se défend de toutes ambitions personnelles : « Je ne prétends à aucune couronne, je n’ai d’autres ambitions que de libérer mon peuple de la dictature des mollahs ». « Revenir au pouvoir ne dépend pas de moi mais des iraniens » martèle t-il quitte à irriter ses propres partisans qui lui reprochent soit un manque de volonté à vouloir se faire couronner, soit une autre plus tenace de transmettre ses droits au trône à sa fille âiné. Une fin de la loi salique qui a du mal à passer chez les royalistes les plus actifs. Les iraniens veulent –ils vraiment le retour de la monarchie ? Une large partie semble le souhaiter. « Shahinshah revient » ? « Prince héritier, où êtes-vous ? Venez-nous aider ! » criaient encore en janvier dernier les manifestants. Dans une sorte de jeu de chat et la souris avec la police islamique, lors d’un match de football, plus de 50000 personnes ont même chanté des slogans en faveur du Shah. La plus importante manifestation pro-Pahlavi dans un régime qui semble dépassé et qui sombre dans la violence à tout va pour se maintenir tant bien que mal. Ces dernières heures, c’est le parlement iranien qui a fait les frais des manifestants dégagés à coup de gaz lacrymogènes.
Populaire le fils du Shah qui a passé toute sa vie en exil aux Etats-Unis ? Le Jérusalem Post et le Global Post ont posté hier, un sondage qui a été réalisé (le 23 avril) sur le réseau social le plus prisé par les iraniens, devenu depuis la bête noire du régime des mollahs, Télégram (celui du prince héritier compte 115 000 abonnés). 59% des votants ont appelé au retour de la monarchie en Iran et à peine 2% souhaitaient encore le maintien de la république islamique mais sous une autre forme. Des chiffres à prendre avec du recul, la plupart des votants étant des opposants au régime. Dans les faits concrets, on estime cependant à 25%, le chiffre réel de soutien à la monarchie (2013) . « Pourquoi ces slogans pro-monarchie apparus dans les manifestations en disent long sur la contestation » titrait récemment le Huffington Post en collaboration avec l’AFP. Tous n’adhèrent d’ailleurs pas à cette idée que le monarchisme fédère en Iran. D’après la sociologue Amélie Myriam Chelly, qui s’est fendue d’une tribune dans le journal « Le Monde », tout en reconnaissant que « ces tendances royalistes existent en Iran », cela « ne doit pas être entendue comme une volonté de revenir à la monarchie, mais comme l’expression de « aspiration de couches sociales de plus en plus diverses à plus de sécularisme » selon elle. Elle n’est pas la seule. Face au prince, l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI) de Maryam Radjavi, dont le siège est basé à Paris, ne veut pas entendre du retour des Pahlavi en Iran. Entre les deux leaders, de fortes tensions qui se règlent à coup de communiqués par sites interposés. «Si le choix est entre ce régime et l’OMPI, la population choisira très probablement de nouveau les mollahs ».a averti le prince héritier qui tente indubitablement de s’imposer sur la scène internationale comme seul interlocuteur possible. Derrière lui un soutien populaire qui ne plait guère à l’OMPI et qui a rétorqué au fils du Shah qu’il « ne représentait que lui-même avec pour seule génétique politique que d’être le fils d’un dictateur ».
La décision des Etats-Unis de se retirer finalement du processus de dénucléarisation iranien et l’embargo commercial décidé par Washington est une autre résultante du regain de manifestations contre le régime. Le rial iranien a même chuté spectaculairement et perdu 53% de sa valeur. Une raison supplémentaire de la crispation des iraniens qui reprochent également au gouvernement de s’occuper bien trop de ses guerres extérieures et pas assez de leur survie son peuple. Reza Shah appelle quant à lui l’Europe à assumer ses responsabilités face à la dégradation de la situation et « s’engager dans un dialogue transparent et ouvert avec l’opposition ». Allusion à peine voilée au précédent refus de Bruxelles d’intervenir de peur que l’accord nucléaire signé en avec le régime ne soit remis en cause. « L’Iran ne doit pas se sentir abandonné ou diabolisé. Les citoyens ont besoin de savoir qu’ils sont tenus par l’opinion internationale et que les autres pays refusent de traiter avec un régime terroriste » avait t-il déjà rappelé lors des précédentes émeutes de 2009.
La révolte a désormais gagné l’administration judiciaire. Après l’armée qui a été purgée, des régiments suspectés de vouloir perpétrer un coup d’état, plus de 170 juges ont été limogés de leurs postes pour avoir refusé de signer des arrêts d’emprisonnement, 450 d’entre eux ont reçus des avertissements et l’ordre d’obtempérer annonce les journaux de l’opposition qui publient vidéos sur vidéos des batailles de rues qui se jouent en ce moment dans les principales villes de l’antique Perse. Il y a quelques heures, le président Hassan Rouhani a prévenu les iraniens lors d’un discours retransmis à la nation :« Mon gouvernement est déterminé à rester en place ! » accusant des puissances étrangères (sans les citer ) de vouloir déstabiliser le pays, les plus extrêmes des gardiens de la révolution menaçant de passer par les armes les opposants arrêtés et sans jugements comme le confirme Radio Farda .Tandis que le journaliste Babak Taghvaee ironise via son compte twitter sur le fait que le fils du Shah soit,« désormais l’ennemi numéro 1 du régime islamique ».
En Iran, la contestation continue, plus forte que jamais et s’est étendue à de nouvelles villes comme Mashad. C’est depuis ici que les premières manifestations en faveur des Pahlavis avaient éclaté. Tout un symbole !
Frederic de Natal

 

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