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Des émeutiers ? – Non Sire, c’est une révolution

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Le mouvement des Gilets jaunes : 1789, 1848, 1958 ou 1968 ?

 

Article du Réveil Français , écrit par : Henri Temple , universitaire, avocat, philosophe

 

Évidemment les 4 mois de manifestations rythmés par des samedis enfiévrés qui viennent de s’écouler intriguent les philosophes et les historiens tant il est vrai que les commentateurs, payés au commentaire, apparaissent dépassés. Le phénomène Gilets jaunes est et sera un objet d’étude historique. Et donc qualifier les manifestants d’émeutiers, c’est à dire amalgamer les uns et les autres, est un artifice du moment pour justifier les tentatives de sauver le régime, mais sera insuffisant sur le temps historique pour comprendre et donner une réponse…En cette nuit du 14 juillet 1789 le duc de la Rochefoucauld, grand aristocrate, libéral et philanthrope, réveillant Louis XVI pour l’informer des événements de la Bastille, avait bien compris ce qui commençait :  » Non, Sire, c’est une révolution »…
La Lettre de Léosthène du 20 mars dernier, excellente lettre d’analyse de conjoncture, s’attache, à recenser les opinions qui, ici ou là, interrogent l’histoire qui se construit sous nos yeux, et pas seulement la tente du Fouquet’s. Quelques esprits lucides, grands patrons, politistes, analystes, journalistes chroniqueurs, de gauche ou de droite qui ont compris le dépassement de ce clivage, portent le même regard sur les événements en cours : il s’agit d’un mouvement d’une grande profondeur, qui, pour cette raison va durer ; et l’attitude du pouvoir va conduire à une radicalisation croissante de part et d’autre. Le pouvoir peut-il changer ? Tout porte à croire qu’il en est génétiquement incapable .
Ce qui n’est, pour l’instant, qu’une demande de révolution morale et politique débouchera-t-il sur une vraie révolution radicale ? Dissolution de l’Assemblée, démission ou une destitution présidentielle, guerre civile, coup d’état ? Sans doute pas encore car les mécanismes institutionnels peuvent évacuer la vapeur et réduire la pression. Des élections ? Européennes ou législatives ? Oui, si le corps électoral se déplace en masse et les légitime : or on ne peut que constater et déplorer sa lassitude, son anomie. Entre les non inscrits sur les listes, les votes blancs ou nuls, les abstentions c’est moins de la moitié de la nation qui fait confiance au système. Et pour les élections européennes en mai ce sera, comme toujours, bien pire. Alors, la voie référendaire élargie ? A condition qu’elle soit vraiment élargie en ouvrant les domaines de consultation et en abaissant les quorum prévus par l’article 11 de la constitution, car depuis sa réforme en 2008, il n’a jamais été possible d’en organiser un et aucun politicien n’a proposé à ses concurrents d’en organiser un. Ce manque d’envergure de la caste politique contribue à accroître la colère de la nation contre elle. Il suffirait que les leaders, devenus responsables, provoquent un referendum sur le referendum afin de modifier la constitution pour que la démocratie reprenne vie dans le pays qui en été historiquement le promoteur : rajouter une phrase à l’article 11 et à l’ article 89 pour que toute retouche de la constitution soit soumise à référendum et surtout que ce soient seulement le dixième des parlementaires(et non le cinquième) et le trentième des électeurs inscrits (et non le dixième ce qui représente un impossible 4,7 millions) qui puissent provoquer un référendum d’initiative démocratique.
Mais ceci a bien peu de chances de se produire tant les politiciens sont occupés de leurs ego et de leurs rivalités subalternes. Alors, tournant nos yeux vers les pages brûlantes de notre histoire, peut-on surprendre des analogies avec les événements antérieurs qui ont bouleversé notre nation ? 1968 ? Sûrement pas : ni la sociologie des manifestants, ni les orientations doctrinales ou les slogans, ni les revendications ne sont les mêmes, ni l’adhésion de l’opinion qui, en 2019, reste au contraire favorable sur le fond au mouvement, en dépit des dévastations urbaines qu’utilise la communication du pouvoir. 1958 ? Pas d’avantage : la crise institutionnelle a été réglée institutionnellement par les institutions. Restent 1848 et 1789. Et là, les analogies sautent aux yeux ce qui n’est pas fait pour rassurer.; il suffit de lire les jugements des contemporains.
Laissons leur la parole car ils ont l’expérience et le jugement de ce dont ils parlent .
De Rousseau (prophétique) : « Vous vous fiez à l’ordre actuel de la société sans songer que cet ordre est sujet à des révolutions inévitables […] Nous approchons de l’état de crise et du siècle des révolutions. »(Du contrat social,1762)
De Mirabeau « La France est une cascade mépris » (Mémoires posthumes)
De Louis XVI : « Il faut une âme atroce pour verser le sang de ses sujets, pour opposer une résistance et amener une guerre civile en France […] Pour réussir, il me fallait le cœur de Néron et l’âme de Caligula. » (Lettre à M. de Bouillé, 3 juillet 1791). « Que la nation reprenne son heureux caractère. »(à la Constituante, 30 septembre 1791).
De Chamfort : « La société est composée de deux grandes classes : ceux qui ont plus de dîners que d’appétit et ceux qui ont plus d’appétit que de dîners. »( Pensées, maximes et anecdotes, 1803)
De Rivarol (sur les hautes castes) : « Ils sont toujours en retard d’une armée, d’une année et d’une idée. »
De Michelet :« De la première page à la dernière, la Révolution n’a qu’un héros : le peuple. » (Le Peuple, 1846)
On laissera la concussion à Bonald : « Dans les crises politiques le plus difficile pour un honnête homme n’est pas de faire son devoir mais de le connaître »(Considérations sur la Révolution française ). Parmi toutes les profondes maximes que nous devrions relire plus souvent, aucune ne nous parait plus adaptée au temps présent. Car ce devoir est tout simplement de rendre à la nation ce qu’elle demande avec passion : liberté, dignité, justice, prospérité, solidarité, identité, espoir, fierté.

 

 

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